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Le
site Maya de Quirigua
- Lundi 17 Juin - Cyril

Aujourd'hui
nous bougeons un peu de notre tanière. Nous sommes trop bien chez
Guy et Rita, il faut qu'on se bouge un peu, sinon on va s'enraciner. A
une heure de bus, il y a un superbe site Maya perdu au milieu d'immenses
bananeraies. Il paraît que ce site de "Quirigua" est la
"petite soeur" du site de Copán que nous avons visité
au Honduras il y a moins d'une semaine.
Guy va jusqu'à "Morales"en voiture 4x4, la ville à
mi-chemin, il nous y dépose. Nous prenons un autre bus jusqu'au
kilomètre 204 qui est le début de la bananeraie. Pour arriver
au site Maya, il faut faire 4 kms à travers les bananes. Il fait
un soleil de plomb, il est 11h00.
Un pick-up qui emmène les travailleurs jusqu'à l'usine de
bananes nous propose de nous emmener. Avant tout, nous demandons le prix
(règle d'or : négocier les prix AVANT) : 6 quetzals. C'est
pas possible, il nous prend pour des touristes du dimanche, on descend
et on y va a pieds. Nous ne connaissions pas le prix mais 6 quetzals,
ça nous parait bien trop. Nous apprendrons par la suite que le
trajet coute 1 quetzal. Ah ah ah, ils ne changeront pas, ces filous.
Le site est vraiment superbe: de grandes stèles sculptées
sont disposées sur la grande propriété très
bien entretenue. Un arbre immense appelé Ceiba reigne désormais
sur le site, il est impressionnant. D'autres arbres appelés "Matapalo"
(littéralement: "tue-bâton", plutôt "arbre-étrangleur")
peuvent aussi être admirés. Ils ont poussé autour
d'autres arbres, étouffant leurs victimes au fur et à mesure
des années.
Les stèles et les zoomorphes représentent des animaux fantastiques,
des silhouettes mi-divines mi-animales. Elles sont encore en très
bon état en comparaison de celles de Copán.
A midi, nous mangeons dans une cabane de bois. Nous prenons des papillottes
: des boules de farine de maïs mélangées à des
"frijoles" (des haricots noirs) cuites dans des feuilles de
maïs. Avant de quitter le lieu, nous voulons visiter l'usine de bananes
qui promet d'être impressionnante.
La bananeraie et son usine - Lundi 17 Juin - Nico

En
plein milieu des plantations de bananes, nous découvrons enfin
l'usine bien cachée par les palmiers. Les régimes de bananes
coupés sont pendus sur des rails et entrent par centaines dans
l'usine. D'un oeil discret, nous nous avançons pour voir ce que
deviennent ces régimes.
Une bonne centaine de personnes - essentiellement des femmes - chacuneà
leur poste - répètent le même geste à toute
allure. Nous demandons à quelqu'un si nous pouvons regarder de
plus près. Normalement c'est interdit, mais il nous autorise à
nous avancer vers les ateliers. Ainsi nous suivons le cheminement des
bananes depuis leur arrivée sous forme de régime jusqu'à
leur sortie, triées et emballées dans des cartons, et chargées
dans les conteneurs qui s'en vont directement aux Etats-Unis.
Les hommes armés de machettes détachent les bananes des
régimes et les jettent dans un grand bac nettoyant. Les femmes,
derrières, les récupèrent, les trient suivant leur
poids et leur qualité et les envoyent dans des bains traitants
où elles seront brossées. A l'autre bout de chaque bain,
d'autres femmes sont chargées du conditionnement. Chaque groupe
de bananes est bien soigneusement rangé et empilé dans des
cartons qui circulent au plafond. Un jeu de tapis roulant les acheminent
jusqu'au conteneur.
En nous arrêtant devant un atelier, nous nous étonnons de
la rapidité d'éxecution de la tâche. Les jeunes filles
nous sourient sans que leurs mains ne ralentissent dans leur mouvement
répetitif. Tout le monde travaille debout malgré la chaleur
épuisante. Le controleur qualité nous explique qu'il prélève
quelques échantillons pour vérifier qu'il n'y a aucun "coup"
sur les bananes. Par ailleurs, un tableau note toutes les heures la rapidité
d'exécution de chaque chaine. Il s'agit de travailler vite et bien
!
Aujourd'hui les bananes sont encore vertes, mais quand elles arrivent
à destination elles doivent murir belles.
Changement de programme ! - Mardi 18 juin - Nico

Ce
matin, nous préparons nos affaires pour aller quelques jours à
Tikal, le plus grand site Maya du Guatemala. Guy et Rita nous prêtent
à chacun un petit sac à dos pour emmener quelques habits
de rechange, cela suffira. Ils nous déposent ensuite sur la rive
d'en face pour prendre le bus, nous disent au revoir et retournent chez
eux.
Alors que nous cherchons le bus pour Tikal, nous apprenons qu'il y a des
grèves qui bloquent la route à deux heures d'ici. Des américaines
nous confirment qu'il est impossible de passer ; elles ont fait la route
et ont dû faire demi-tour. Inutile donc de tenter notre chance,
nous préférons changer de programme. Nous rappelons Guy
à la radio pour qu'il vienne nous rechercher, Rita nous prépare
des steaks bien rouges comme on les aime et nous décidons d'aller
à Livingston sur la côte Caraibe en descendant le Rio Dulce
en bateau à moteur. La "lancha", comme on l'appelle en
espagnol, viendra nous chercher ici en début d'après midi.
Le Rio Dulce en "lancha" - Mardi 18 juin - Nico

Guy
avait bien insisté pour que nous allions à Livingston par
le Rio, la promenade est magnifique parait-il, mais il faut sympathiser
avec le conducteur pour qu'il ralentisse parfois et nous montre les meilleurs
coins. Pas de problème quand il faut parler avec les gens, on est
toujours contents. D'ailleurs le propriétaire de notre bateau aussi,
car il nous promet en partant de nous faire apprécier le tour.
Nous sommes une dizaine dans la lancha qui s'élance à toute
allure sur l'eau. Il faut dire que pour un bateau si fin et si long, le
moteur de 150 chevaux le fait vraiment planer sur l'eau.
Au début le Rio est très large, sur les rives quelques familles
d'indiens vivent dans des maisons de bois. Notre pilote ralentit pour
nous montrer l'île aux oiseaux, repère pour tous les animaux
volants de la région, quel dommage que nous n'ayons plus d'appareil
photo !
Plusieurs fois il ralentit pour nous faire apprécier le paysage,
il est vrai, magnifique. Nous sommes en pleine forêt tropicale et
déjà le fleuve se rétrécit ; maintenant, nous
naviguons entre deux falaises vertes au milieu de la jungle.
Notre pilote arrête la lancha sur un des côtés et nous
propose de descendre et goûter l'eau : nous sommes sur une source
d'eau chaude. Après nous être brulés les pieds, nous
remontons donc à bord et poursuivons notre voyage sur le Rio Dulce.
A droite et à gauche, la fôret dense s'élève
très haut nous laissant si petits au milieu de ce décor
majestueux. Une épaisse plante verte semble recouvrir la cime des
arbres depuis le haut de la colline jusqu'au niveau de l'eau, ce qui lui
donne un air encore plus impénétrable. Pour la première
fois nous pouvons voir la jungle de l'extérieur !
Petit à petit arrivent les premiers pélicans, nous nous
rapprochons de la mer... Le Rio s'élargit, nous sommes à
l'estuaire, voilà la ville de Livingstone !
Je chante, je parle, je danse "Garifuna", Livingstone
- Mardi 18 juin - Cyril

Nous
voila arrivés à Livingstone, qui n'est accessible que par
bateau: de "Puerto Barrios" en passant par la côte atlantique,
ou du "Rio Dulce" par le lac Izabal. Livingtone est une ville
très particulière dans le Guatemala, car elle est peuplée
par des noirs (noir de chez noir) qui auraient été des esclaves
amenés par les espagnols. Ils sont restés concentrés
dans ce village, pronant l'esprit "Reggae" et tout ce qui va
avec. Nous avons vite fait de trouver un petit hôtel pas cher dans
ce petit village qui n'a que deux rues principales.
La pluie nous a menacés pendant tout notre trajet de "lancha",
nous y avons échappé mais elle va bientôt tomber,
c'est sûr. Nico va à la découverte du village, moi
je tombe de fatigue, j'ai un coup de barre. J'ai l'impression de dormir
tout le temps. Je m'allonge dans le hamac qui m'attendait. Je ne sais
pas qui a inventé le hamac mais je le remercie, il avait tout compris
celui-là. Je m'endors tout doucement lorsque je suis réveillé
par la pluie: le ciel s'arrache, ce sont les trombes d'eau.
Comme dirait mon ami italien Stefano dans son français basique
mais avec si peu d'accent: "il pleut comme vache qui pisse!".
Mon ami américain J.R. dirait lui: "it's like a cow peeing
on a flat rock!" (c'est comme un vache qui pisserait sur un cailloux
plat). Mon ami Denis de Montréal au Canada dirait: "ça
mouille". Mon ami Will de Londres dirait: "it's raining cats
and dogs" (il pleut des chats et des chiens). Mon ami Dani d'Espagne
dirait: "esta lloviendo ranas" (il pleut des grenouilles).
Bref, tous mes amis du monde le diraient différemment, mais le
résultat est le même: il pleut des cordes... il drache quoi!
(comme on dirait "danch' noer"). Je pense deux secondes à
Nico qui se réfugiera bien dans un petit bar, puis je me rendors
de plus belle, encore mieux dans mon hamac.
Quand je me réveille 3/4 d'heure plus tard environ, il pleut toujours
aussi fort. J'ai envie de voir cette pluie torrentielle, je me lève
pour aller jusqu'à la porte d'entrée de notre hôtel-cito.
C'est là qu'après 3 minutes un noir m'aborde en parlant
en anglais, me demandant si j'avais un livre à échanger.
Petite explication avant la suite de l'histoire: Depuis le début
du voyage, maintenant un peu plus de 5 mois, nous nous faisons aborder
par des hispaniques en anglais. Il nous prennent pour des américains
ou des touristes qui ne parlent pas espagnol. Dans leur anglais primitif
au vocabulaire de 30 mots et à l'accent mal imité ils nous
proposent leurs services: taxi, hôtel, excursion... Nous avons pris
le coup, nous leur répondons du tac au tac: "lo siento, no
hablo ingles, solo entiendo el espagnol" (Je suis désolé,
je ne parle pas anglais, je ne comprends que l'espagnol). Là en
général ils s'excusent platement et continuent en espagnol.
On leur explique ensuite que l'on parle bien sûr anglais mais qu'ils
ne doivent pas faire l'erreur de prendre un blanc pour un "gringo"
(un américain). Vu que l'on parle plutôt bien espagnol et
que l'on aime ça, autant parler leur langue, non?
Suite de l'histoire: Je dit ça à mon noir mais ce coup là
c'est à moi d'être surpris, le gars me dit toujours dans
la langue de Shakespeare (waahh, c'est pas du beau style ça? Pour
ne pas faire de répétition je fais une métonymie
ou une paraphrase, au risque de tomber dans le cliché...) : "pourquoi
je te parlerais en espagnol, ce n'est pas ma langue!". Je dis alors:
"mais si, tu es Guatemalthèque". "Non, je ne le
suis pas. Moi je suis Garifuna, je parle Garifuna. L'anglais non plus
d'ailleurs n'est pas ma langue. Mais une langue est une langue, elle sert
simplement à communiquer". Là je "switche"
à la langue de George W. Bush, voyant que le sujet lui est sensible,
je ne veux pas énerver mon interlocuteur. Je lui réponds
à sa question en lui disant que je venais de commencer mon bouquin
et que je ne pouvais lui échanger.
La discussion étant lancée, nous continuons à parler,
de lui, de moi... Il m'enseigne quelques mots en Garifuna, que j'ai déjà
oubliés bien sûr pour ne pas les avoir écrits. Je
me souviens quand même de "Ayo!" (Salut), pour l'avoir
entendu dire 10 fois à ses amis qui passaient: "Ayo, man!".
Puis la pluie cesse, il me dit :"viens, je vais te faire visiter".
La parlotte continue jusqu'à un bar. Il me dit qu'il faut que je
vienne là ce soir, ils joueront du "punta rock", la musique
Garifuna. Le bar s'appelle 100% Africa, les murs sont peints aux couleurs
de la Jamaïque et les photos de Bob Marley couvrent les murs.
Sur un des murs, il y a aussi une grande peinture: un trajet en pointillé
est tracé entre l'Afrique et le Guatemala. Il me dit que c'est
faux: "ça c'est ce que veulent nous faire croire les espagnols,
que nous venons d'Afrique. En fait, les Garifuna étaient déjà
dans les îles Antillaises, nous avons notre propre histoire."
Nous sortons, la pluie qui s'est remise à pleuvoir de plus belle
nous bloque sous le porche. Il se met a chanter ": have you ever
seen the rain" de Creedence, de l'album "Clearwater". Je
me mets à chanter avec lui. C'est mythique! 20 minutes plus tard,
il pleut toujours mais moins fort; je rentrerais un peu mouillé.
Je salut mon camarade Garifuna en le remerciant de sa compagnie. "Take
it easy, man !". "I already know he will !

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