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Objectif
Honduras... en route pour une journée de bus !
- vendredi 7 juin - Nico

Nous
allons certainement passer beaucoup plus de temps au Guatémala
et au Mexique qu'au Honduras. Notre voyage est fait de choix, nous écoutons
les conseils des autres voyageurs. Voilà pourquoi nous décidons
de remonter jusqu'à Copán, le premier grand site Maya de
notre route. Copán est au Nord-Ouest du Honduras, près de
la frontière guatémaltèque et il faudra sans doute
plus d'une journée de bus pour y parvenir...
Une belle aventure en perspective quand on connait l'état des bus
en Amérique centrale.
C'est vrai que nous sommes habitués à prendre le bus. Depuis
maintenant près de cinq mois de voyage, nous avons parcouru plusieurs
milliers de kilomètres dans des bus parfois plus qu'inconfortables.
Pourtant depuis Panamà, il semblerait que nos expéditions
soient de plus en plus éprouvantes.
En y réfléchissant, je me suis aperçu que les trajets
en Bolivie - sans doute les plus pénibles jusqu'à maintenant
- étaient tout de même de longues heures qui nous menaient
directement à destination. Ici, nous n'avons jamais un bus direct.
Nous devons sans cesse changer de bus, nous renseigner sur les terminaux
de départ, traverser les villes à pieds, attendre en pleine
chaleur que le bus soit bondé avant de démarrer.
La plupart du temps, nous embarquons dans des bus scolaires américains
prévus pour des jambes d'enfants et nous nous entassons jusqu'à
ce que l'allée centrale soit pleine à craquer. Régulièrement
le chauffeur s'arrête pour charger des paysans sur le bord de la
route. Il n'est pas rare de voyager à côté de poules
ou de cochons.
Nous arrivons à la frontière du Honduras sous une pluie
tropicale impressionnante. Il y a trois kilomètres à parcourir
entre les deux postes frontière. Nous montons sans trop réfléchir
à l'avant d'un vélo "pousse-pousse", et notre
chauffeur se met à pédaler sous la pluie, dans la boue,
bravant nos deux poids réunis ainsi que nos gros sacs à
dos sous des torrents de pluie.
Ensuite, c'est le rituel de chaque frontière : premier arrêt
pour l'émigration, puis deuxième pour l'imigration, nous
changeons notre argent : "non amigo, on nous a déjà
fait le coup de la multiplication au lieu de la division" et nous
passons au Honduras avec quelques tampons de plus sur notre passeport
déjà bien rempli.
Il est déjà tard, dans quelques heures nous arriverons à
la Capitale (Tegucigalpa pour les adeptes du Trivial Poursuit) et nous
devrons trouver un hôtel pour la nuit afin de repartir de bonne
heure le lendemain. A ce moment là, nous sommes loin d'imaginer
que nous allons y rester 24 heures de plus et que nous allons passer un
moment génial avec Santiago et sa famille.
Finalement on reste à Tegucigalpa - vendredi 7 juin - Nico

Il
est déjà tard quand nous descendons du bus à Tegucigalpa.
Le seul hôtel en face du terminal n'est pas très propre,
mais il fera l'affaire pour la nuit. En plus il y a de quoi manger juste
à côté, ça tombe bien !
La boutique dans laquelle Cyril est entré n'a pas d'autre enseigne
que la publicité Pepsi qui placarde son mur. Je n'ai pas très
faim, mais Cyril insiste pour que je l'accompagne ; les gérants
sont super sympas ! Pour être sympas, c'est vrai qu'ils sont sympas.
Santiago et sa femme veulent en savoir plus sur notre voyage ; ils nous
offrent à boire et nous échangeons sur le Honduras, le reste
de l'Amérique centrale, la coupe du monde et... la bière
locale.
Un peu plus tard, Santiago nous propose de rester une journée de
plus à "Tegu", il va nous présenter toute sa famille,
sa belle-famille, ses amis et nous faire visiter la région. Nous
acceptons son offre avec plaisir. Encore une fois nous changeons nos plans,
nous ne reprendrons pas le bus pour Copán demain matin !
La pauvreté en face de nous - samedi 8 juin - Nico

Ce
matin, nous laissons nos sacs, argent et papiers importants chez Santiago.
Nous avons quelques heures pour aller voir cette capitale dont j'ignorais
encore le nom deux jours avant.
Pour rejoindre le centre nous devons remonter la 6e avenue sur près
de deux kilomètres. Nous n'avons pas fait cent mètres que
la pauvreté nous saute déjà aux yeux. De chaque côté
de cette route de terre sur laquelle s'entassent les autobus, les baraques
sont faites de bois et de tôles ondulées. Au loin, le paysage
nous rappelle les favelas du Brésil. Des porcs pataugent dans les
grandes flaques de boue de la pluie d'hier, alors que nous continuons
à marcher, impressionnés par les conditions de vie des gens
autour de nous.
Ces enfants honduriens qui jouent dans la rue parmi les ordures qu'ils
ont semées et que personne ne ramasse en sont la preuve. Bientôt
nous arrivons sur le pont qui enjambe le fleuve et là je reste
bouche bée devant l'atroce spectacle de saleté. Les rives
sont d'immenses décharges qui s'étendent de part et d'autre
du pont. Je lève les yeux jusqu'à l'arbre sans feuille qui
se dresse au milieu... des centaines de vautours sont perchées
sur les branches nues. Ces grands oiseaux noirs vont se nourrir dans les
tonnes de poubelles entassées.
Malgré cela, on distingue encore des habitations de fortune au
bord de la décharge. Les enfants courent pieds nus sur les ordures
pour aller se baigner dans le fleuve sans doute le plus sale que je n'ai
jamais vu. L'odeur nauséabonde me dérange, mais le plus
dur est de penser que des familles puissent vivre ici toute leur vie.
Du haut du pont, je prends une photo de ces enfants. Je suis loin, personne
ne me voit, mais je suis gêné. Qui suis-je pour rester impressionné
par ce spectacle qui est le quotidien de tous les gens qui m'entourent
? La photo prise en quatrième vitesse saura-t-elle transmettre
ce sentiment de pitié et d'impuissance que je ressens maintenant
? Pendant toute la journée je ne pourrai pas me défaire
cette image de la tête.
L'après-midi Santiago et Gina nous feront visiter la vallée
de Los Angeles et Santa Lucia. Le soir, ils nous emmèneront au
centre commercial, comme pour nous montrer les richesses de leur pays.
En voiture nous passons devant de grandes propriétés de
milliardaires.
Je dois avouer que je suis presque choqué par ce contraste. A-t-on
vraiment besoin de tous ces escalators et ces boutiques Chanel quand des
enfants vivent dans les décharges à deux pas de là
?
A "Tegu" chez Santiago et Gina - samedi 8 juin - Cyril

Ce
soir nous restons à "Tegu" mais nous ne redormirons pas
dans le sale hôtel de la veille. Santiago et Gina nous ont invités
chez eux.
C'est fort de leur part de faire ça. Nous ne les connaissions pas
hier soir, mais le courant est bien passé et ils ont voulu nous
aider à leur manière. En fait on s'est rendu compte que
c'était "si fort que ça" quand on a vu leur maison.
Dans la voiture sous la pluie Santiago nous répète sans
arrêt que sa maison est petite, nous le réconfortons en disant
que nous sommes des "passe-partout" et que nous dormons par
terre sans problème. Il nous dit aussi avec insistance qu'il est
pauvre et que sa maison est très simple. Nous le mettons encore
une fois à l'aise en lui disant que son geste nous touche d'autant
plus: lui avec peu de ressources nous invite du jour au lendemain, alors
que de nombreuses personnes bien plus aisées n'ont pas eu la simplicité
ni la gentillesse de nous inviter.
Santiago a 27 ans, il travaille chez Pizza Hut depuis 9 ans et est maintenant
responsable de plusieurs restaurants dans la ville de Tegucigalpa. Il
est fier de son travail, il le fait consciencieusement. Nous le verrons
tout le samedi avec son talky-walky coordonner ses équipes et régler
les problèmes.
Bref, nous arrivons chez eux. La maison est vraiment petite, simple mais
très bien organisée. Nous entamons la caisse de bière
que nous avons achetée avant d'arriver. Gina nous fait quelques
pique-assiettes à grignoter, puis nous cuisine quelques viandes.
Nico à un coup de barre, il va se reposer dans la chambre de leur
fille. Gina s'en occupera comme une mère, lui apportant des tisanes,
lui tâtant le front et lui remontant la couverture sur les épaules
toutes les 15 minutes. Nico fait semblant d'être plus malade qu'il
n'est pour profiter de ces attentions maternelles.
Dans l'autre pièce, les discussions sont riches, Santiago a une
grande ouverture d'esprit et une grande culture générale,
tout l'intéresse ! Nous faisons une pause pour regarder le match
de Tyson contre Lewis. Les bières coulent à flot comme les
coups de poings sur le ring. On éteint la télé pour
se relancer dans les discussions, pour la rallumer de nouveau pour le
match du Mexique.
On continuera à ce rythme là jusqu'à 5h00 du matin.
Il est l'heure de dormir, demain c'est Dimanche et nous voulons partir
pour le "Rio Dulce" au Guatemala vers 11h00. Quelle soirée
!

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