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1ère
journée de moto : les "pépins" et la pluie
- Mercredi 23 Octobre - Cyril

Nous
voilà encore sur des scooters. Nous avons réussi à
marchander avec le loueur pour pouvoir les avoir pour 3 jours de suite,
sans les rapporter chaque soir à 18h00.
Ici c'est plus cher que dans les autres pays, nous les louons pour 8 dollars
la journée. Cependant, ils nous permettront de partir plusieurs
jours de suite visiter les villages au nord de Luang Prabang, autour de
"Nong Khiaw".
Ces villages sont intéressants car ils sont habités par
une minorité appelée les "Hmong", qui portent
encore des costumes traditionnels et parlent toujours leur langue, sans
comprendre le "lao".
Sur le chemin, nous visitons une grotte sans grand intérêt
après celles de Vang Vieng et un petit village produisant le whisky
de riz, l'alcool peu cher du coin : "le láo lào".
Nous y goûtons bien sûr, quelle question !
Nous devons faire environ 110 kms sur la journée, ça doit
passer en 3 heures de route. Allez, on comptera 5 avec les arrêts
dans les villages.
A 15h30 environ, avec 52 kms restant à parcourir, Nico crève.
Nous essayons de trouver un réparateur mais le village dans lequel
a lieu la panne ne paraît pas en avoir. Impossible de communiquer
avec autre chose que des signes, l'anglais n'a pas encore touché
ces villages.
Nous arrêtons un camion par de grands signes et y chargeons Nico
et son scooter crevé. Nous leur donnons rendez-vous à "Pak
Mong", premier village où nous pourrons sans doute trouver
un réparateur correct et une "guest house" pour nous
loger. Avec ce pépin, nous avons perdu une heure.
Il est déjà 16h30, il fera noir dans deux heures. Pas de
temps à perdre, le ciel aussi s'obscurcit dangereusement. Nous
n'avions pas prévu ça : la pluie nous tombe dessus et ralentit
notre allure, nous devrons rouler de nuit sur ces routes aux trous attendus
mais imprévisibles. La visibilité est mauvaise, nous sommes
en t-shirt, trempés sous la pluie qui ne cesse de tomber, le vent
du scooter nous gèle... c'est l'horreur. Mais c'est ça l'aventure.
Finalement, nous voyons les kilomètres diminuer sur les "bornes"
rouges et blanches qu'ont laissées les français. Chaque
kilomètre est difficile, donc chaque kilomètre parcouru
est une sorte de soulagement. Il en reste 15, puis 10, puis 8, puis 4...
Enfin nous arrivons sous les lumières du grand village.
Nous retrouvons Nico dont la moto est réparée, nous prenons
le premier "guest house" qui nous tombe sous la main, basique
mais parfait : n'importe lequel aurait fait l'affaire! On se sèche,
on va se trouver un petit bui-bui pour se retaper "la cloche".
La nuit sera bonne, quelle première journée de mise en jambe.
2ème journée de moto : rencontre des Hmongs - Jeudi
24 Octobre - Nico

Les
derniers nuages de la nuit se dissipent peu à peu, il est temps
de reprendre la route. Aujourd'hui le chemin que nous prenons est plus
montagneux. Or la meilleure carte que nous ayons trouvée de la
région reste celle de toute l'Asie du sud que Sophie et Tanguy
ont achetée en France.
Il est impossible de dire pour l'instant s'il existe une autre route à
travers la montagne pour revenir à Luang Prabang ou s'il y a un
village dans lequel nous pourrions loger ce soir. Personne n'a pu nous
renseigner à ce sujet. C'est un peu comme si nous allions explorer
une terre inconnue.
Au bout d'une heure de route, nous arrivons à Nong Khiaw, petit
village au bord de la rivière qui semble être préparé
à recevoir de nombreux touristes venus en bus de Luang Prabang.
Nous savons que c'est le dernier endroit où nous sommes sûrs
de trouver un logement, de la nourriture, de l'essence et des gens qui
comprennent quelques mots d'anglais. Si nous ne découvrons pas
de chemin secondaire qui rentre à Luang Prabang ainsi qu'un toit
pour cette nuit, il faudra revenir jusqu'ici.
Après un bon repas, nous entamons l'ascension de la route sinueuse.
Comme hier, nos trois scooters se suivent à une allure raisonnable
de 40 kilomètres/heure, nous laissant le temps d'admirer les splendides
paysages montagneux qui nous entourent.
Bientôt, les villages que nous traversons nous paraissent plus sauvages,
les regards des enfants nous obligent à nous arrêter de plus
en plus souvent. Au fur et à mesure de notre ascension, les habitants
que nous croisons, vêtus de leurs vêtements traditionnels
bleu et noir, s'arrêtent pour nous regarder bizarrement. Il semble
que ces gens ne soient pas habitués à voir des blancs.
Lorsque nous arrivons dans les hauteurs, nous rangeons nos motos devant
un petit village pour admirer la vue. Les habitants intrigués de
notre présence nous invitent tout de même à entrer
chez eux. L'homme que j'identifie comme le chef du village joue de la
musique avec un petit instrument en bois. J'essaye de jouer avec lui.
Il m'invite ensuite à manger du riz gluant dans une autre pièce.
Rapidement les autres me rejoignent et nous tentons de nous présenter
en donnant à tour de rôle nos prénoms. Nos hôtes
les répètent tous très amusés, mais apparemment
sans comprendre qu'il s'agit de nos prénoms.
Nous les quittons une heure plus tard pour nous rendre au point culminant
de la route. Encore une fois nous nous approchons du village qui s'offre
à nous. Il n'y a que des enfants. Les huttes sont toutes petites.
Tous se regroupent intrigués par notre présence presque
"extraterrestre". Nous échangeons des sourires pour les
rassurer tout en jetant un il à leurs habitations sommaires.
Dorénavant, nous savons qu'il nous faudra faire demi-tour ce soir.
La route qui semble ne mener nulle part ne nous ramènera sans doute
pas à Luang Prabang avec notre réserve d'essence. Aujourd'hui
nous avons vraiment dépassé les frontières du monde
connu de la civilisation. Nous rentrons sur Nong Khiaw chargés
d'émotions.
3ème journée de moto : retour à LP, visite d'une
vallée perdue - Vendredi 25 Octobre - Nico

Aujourd'hui
nous avons tout notre temps pour revenir à Luang Prabang et rendre
les motos avant 18h. Nous sommes même décidés à
faire un écart dans une vallée pour nous approcher une nouvelle
fois de villages perdus.
Le matin nous redescendons donc rapidement les plus de 100 kilomètres
qui nous séparent de l'intersection. Le chemin de retour est un
plaisir. C'est comme si nous redécouvrions le paysage pour la première
fois. Impossible de se lasser des rizières qui donnent à
la montagne, aux rivières et aux paysages un ton si particulier
à cette région du Laos.
Après une bonne soupe aux nouilles typique, nous nous engageons
sur la petite route de terre que nous avions repérée. Tout
de suite, nous reprenons plaisir à recevoir les milliers de sourires
des enfants et de leurs parents sur le bord du chemin. Nous nous arrêtons
ici et là le temps d'une demi heure et nous repartons.
Quand arrive une fourche, nous choisissons le chemin le plus petit et
sinueux, si bien que nous voilà tous les quatre en train de grimper
dans une vallée inconnue. Qu'y a-t-il au bout ? Aucune idée,
mais le paysage et les couleurs valent largement le détour, même
si parfois nous craignons que les scooters ne supportent pas les cahots
de plus en plus nombreux.
Il a fallu tout de même un bonne demi-heure d'escalade et d'hésitation
pour parvenir au spectacle qui nous attendait. Sur un flanc de la montagne
éclairé par la lumière rasante du soir, un groupe
de paysans récolte les épis de riz dorés et murs.
Encore une rencontre surprenante que nous ne laissons pas passer.
Nous nous approchons pour voir ces hommes et ces femmes de plus près.
Leurs sourires nous font comprendre que nous sommes les bienvenus. La
plupart des femmes portent un enfant ou un bébé dans le
dos qui ne les empêche pas de travailler, pliées en deux
dans la rizière en escalier.
C'est sur cette image que nous décidons de rentrer. Nous aurons
tout juste le temps de profiter de nos motos pour monter voir un temple
qui domine la ville de Luang Prabang.

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