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En
route pour Phnom Penh
- Jeudi 10 Octobre - Cyril

Ce
matin nous partons pour la capitale. Christophe notre contact là-bas
nous y attend, encore une fois on trouve génial d'arriver "chez
quelqu'un", on ne regrette pas le boulot de préparation d'avant
le départ. Ces contacts nous changent le voyage.
Ce matin nous décidons de prendre le minibus. La route est faisable
en Pick-up pour moins cher, mais on a "déjà donné".
En plus, la route d'aujourd'hui dure 10 heures et l'état devrait
être autant désastreux que pour le trajet "Sisophon-Siem
Reap" d'il y a deux jours.
Nous partons à 7h30, retrouvant les autres "Barang".
Les "blancs" sont appelés "gringos" en Amérique
du Sud et Centrale, "Boulés" en Indonésie, "Barang"
au Cambodge, "Farang" en Thailande et "Falang" au
Laos. Pour les trois derniers, ils viennent tous du mot représentant
la nationalité française (Barang = français en Khmer),
étendu aux "blancs" en général, marrant
non?
Bref, à part ces "Barang", il y a aussi d'autres asiatiques.
Le hasard fait que je m'assoie à côté de l'une d'elle,
nous recherchons toujours avec Nico les sièges avec le plus d'espace
pour nos jambes.
Tout à coup, la fille à ma gauche à l'air effrayée
par la vue de quelqu'un, elle s'agenouille sous le siège et me
demande de la cacher. Ok, je la cache, un autre français me donne
sa chemise, je la couvre. Sans le vouloir, nous devenons complices de
cette fille qui semble prendre la fuite. Nous avons peur pour elle, les
autres asiatiques en dehors du bus semblent tous être à sa
recherche puisque nous ne savons pas de qui elle a peur.
Chaque regard est alors pesant, le temps se fait long, nous nous posons
des questions. La fille n'a pas l'air Cambodgienne, elle a un visage plus
rond, elle a l'air chinoise (nous en aurons la confirmation plus tard).
Elle reste dans sa planque sans bouger, pendant au moins 25 minutes, tandis
que le bus ne part toujours pas. Qui est-elle? Est-ce une prostituée
de force qui cherche à se libérer ou est-ce le contraire,
une fille qui fuit sa famille et le dur travail des champs pour se prostituer
dans la capitale?
Impossible de savoir sur le moment, ni même après d'ailleurs,
elle ne parle pas anglais et je n'arrive pas à cause de la langue
à comprendre sa situation. Une chose certaine, elle fuit. Bonne
chance!
A 17h30, nous arrivons à Phnom Penh qui me séduit tout de
suite. La ville me fait penser à Hanoi en un peu moins chaotique.
De taille humaine, elle parait agréable à vivre et semble
moins anonyme que les autres villes asiatiques. Nous y resterons 4 ou
5 jours, Christophe nous a préparé des plans super, petites
soirées entre français, visites de la ville et des alentours
(en moto... yes....).
Le mémorial du génocide à Phnom Penh - Vendredi
11 Octobre - Cyril

A
Phnom Penh nous tenons à visiter le "mémorial du génocide",
aussi appelé "Tuol Sleng Museum". Nous savons que le
peuple Cambodgien a énormément souffert pendant la période
de "Pol Pot" (1975 à 1979), leader du mouvement "Khmers
Rouge", et nous voulions en savoir plus.
Voici
rapidement leur histoire pour ceux qui voudraient se remettre à
jour. D'abord il faut noter que tout cela se passe il y a 27 ans, c'est
à dire plus ou moins lorsque je suis né, c'est pas si loin!
En 1969, c'est le roi "Norodom Sihanouk" qui gouverne le Cambodge,
il le fait depuis leur indépendance vis à vis de la France
en 1953. Sihanouk fut renversé par l'armée en 1970 et fuit
en exil à Beijing.
Pourquoi fut-il renversé? En fait, à partir de 1969, le
Cambodge est entraîné dans le conflit qui sévit au
Vietnam. Les Américains, qui soupçonnent l'existence de
camps communistes au Cambodge, le bombardent secrètement. En 1970,
les américains, aidés des Vietnamiens du Sud, envahissent
le pays, ils échouent mais l'invasion permet aux rebels, les "Khmers
Rouges" de prendre peu à peu le pays. De sévères
combats ont lieu dans le pays entier pendant les 5 ans qui suivirent jusqu'à
la chute de Phnom Penh le 17 Avril 1975.
Les Khmers Rouges, paysans révoltés contre les gens du pouvoir
(les intellectuels) qui sont corrompus et gouvernent mal le pays, décident
de prendre les choses en main et de mener le Cambodge vers le Maoisme,
vers un régime dominé par les paysans, sorte de géante
coopérative agraire. Et ce de la façon la plus radicale,
afin d'être un exemple pour les autres pays.
Pol Pot commence alors la plus brutale restructuration qu'une société
n'ai jamais subie, tuant des centaines de milliers de Cambodgiens. Les
victimes sont en grande majorité des intellectuels du pays : les
gens parlant des langues (le français en tête), ayant des
lunettes ou ayant étudié (médecine, droit...) sont
torturés et tués, "traitres" de la révolution.
Ils sont déportés sur Phom Penh dans la prison de sécurité
connue sous le nom de "S-21", anciennement "Tuol Svay High
School" et aujourd'ui le "musée du génocide",
ce que nous visitons aujourd'hui.
La grande majorité des personnes détenues au centre seront
interrogées sous la torture puis emmenées au camp de "Choeung
Ek" où elles seront exécutées. Un film au musée
montre l'effroyable témoignage d'un gardien expliquant comment
il tuait les victimes.
Au milieu du régime, en 1977, S-21 compte 100 victimes par jour.
Dans le reste du pays, un régime de peur s'installe, les villes
sont vidées, les familles séparées, les gens s'espionnent
mutuellement, tout le monde prend son rôle dans la machine communiste
à produire du riz. La propriété n'existe plus, il
faut marcher avec la révolution sinon on est éliminé.
Rapidement, des milliers de gens meurent de malnutrition, de mauvais traitements
et de maladies. Toute faute, même la plus modeste, fait de vous
un traître à la révolution et vous rend passible de
torture, voire de mort : arriver en retard dans les champs, être
fatigué de travailler sous le soleil, ralentir la cadence, se disputer
avec un voisin, voler du riz car l'on meurt de faim... toutes les raisons
sont bonnes pour vous faire tuer.
En 4 ans seulement, 2 millions de personnes sont mortes : "un peuple
tuant son propre peuple". A la fin de l'année 78, le Vietnam,
menacé par les Khmers Rouges, envahit le Cambodge. Les Khmers Rouges
fuient à l'Ouest derrière la frontière, en Thaïlande.
C'est le début de la fin du régime des Khmers Rouges. Une
guerrilla sera présente jusqu'à la fin des années
80. En 1991, un accord de paix est signé, permettant les élections
vers la mi-93. Norodom Sihanouk revient au trône, il le tient encore
aujourd'hui.
En 2002, le peuple Cambodgien essaie de se relever de ces années
de terreur, de reconstruire les écoles, de reconstruire les temples,
de reconstruire les mentalités. La génération des
plus de 50 ans manque d'intellectuels, il faudra attendre une génération...
c'est long, trop long. Le tourisme se développe, le monde découvre
ce pays du sourire, ce pays de l'eau, aux merveilles culturelles telles
les temples d'Angkor. Le sourire des Cambodgiens si sympathique prends
soudain plus de force, c'est un peuple qui se relève, je me demande
comment ils font!
"Pour un Sourire d'Enfant", petits déjeuners - Dimanche
13 Octobre - Nico

Christophe
nous propose ce matin d'aller voir le travail de l'association "Pour
un Sourire d'Enfant" qui vient en aide aux enfants défavorisés
de la décharge municipale de Phnom Penh. Nous nous levons à
l'aurore et quelques minutes plus tard, nous sommes sur place devant un
gigantesque tas d'ordures dont nous ne voyons que le début.
250
enfants attendent leur tour pour recevoir le repas distribué quotidiennement
par l'association. Juste à coté, c'est le stand "Premiers
soins", il y a la queue pour soigner les bobos. Je mets moi aussi
les gants en plastique et, armé d'un pot de bétadine et
de compresses, me voilà en train de soigner un pied coupé
par une boite de conserve, une autre coupure infectée sur un genou.
Certaines blessures sont plus graves, c'est l'infirmier qui s'en charge
; s'il le faut, l'enfant sera emmené au centre où il sera
soigné et suivi par des médecins. Dans tous les cas, les
enfants sont des durs, aucun ne pleure devant la douleur, je suis admiratif
et les félicite en français, je suis sûr qu'ils comprennent.
Pendant que Cyril s'amuse avec une quinzaine de petits garçons
et petites filles qui lui sautent dans les bras, je vais voir ceux qui
mangent. Chacun termine avec appétit sa grande portion de riz avec
des légumes et de la viande. Pour certains ce sera leur seul repas
de la journée.
Je
suis impressionné de savoir que ces enfants, ces familles, vivent
véritablement sur la décharge. On m'explique qu'il s'agit
bien souvent de familles destructurées, des familles où
les pères, qui n'ont connu que la guerre et la violence depuis
leur enfance, ne savent que la reproduire. Les femmes et les enfants sont
maltraités (prostitution, vente, enfants battus).
L'association a, face à cela, ouvert un centre de rattrapage scolaire
qui accueille plus de 630 enfants arrachés de cette décharge
et de cette misère. Ils y recoivent soins, nourriture, scolarisation,
habillement, voire hébergement en fonction des besoins et y retrouvent
les rires et les jeux de l'enfance. Demain, nous sommes invités
à revenir pour aller voir la décharge de plus près.

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