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Le temple de "Banteay Chhmar" - Samedi 5 Octobre - Cyril


Greg nous conseille d'aller visiter "son" temple. Etant donné qu'il est seul blanc dans les parages, c'est "son Banteay Chhmar", "son temple", "ses enfants", "ses Khmers"... je peux tout à fait le comprendre après un an, je ferais pareil.

Bref, Nico et moi partons à pied puisque le temple n'est qu'à 5 minutes, une petite balade. Sur la route, nous nous faisons accompagner par de mignons enfants, trop heureux de nous suivre. Nous arrivons, le temple est complètement en ruine. C'est un temple qui date du XIIIème siècle, construit pendant la période de richesse des Khmers. On ne sait pas par quel bout le prendre, mais finalement une partie centrale plus importante est visible.
Nous y rentrons, sautant de pierre en pierre. Sur tout le sol du temple il y a au moins 2 ou 3 mètres de pierres entassées les unes sur les autres de la manière la plus irrationnelle, comme jetées l'une après l'autre. C'est assez "casse-gueule", d'ailleurs Nico manque un appui en sautant, il chute en se faisant mal au genou et au pied. Merde alors! Il manquait plus que ça! Nico, la lèvre de la bouche amochée décide de rentrer: "je refiendrai flu fard, confinu fans moi!".

Je regarde Nico rentrer en boitant, il s'est bien esquinté! Nico n'a pas vu la partie principale que je découvre à présent, je le pousserai à revenir coûte que coûte, l'ambiance est incroyable. Je suis entouré de coupoles sur lesquelles on peut deviner encore des têtes de Bouddha. La plupart des sculptures détaillées ont été volées dans de précédents pillages, mais il reste l'esprit général du temple.
J'essaie de l'imaginer en bon état: les tours, les galeries, les centaines de sculptures... Il reste une atmosphère tout à fait spéciale dans ce temple, peut être à cause de son état : en ruine, comme dévoré par la végétation. Je m'assied sur l'une des tours, pour une minute je regrette de ne pas savoir méditer ou faire du yoga, c'est l'endroit parfait.

Je suis seul dans ce temple, l'enfant est parti avec l'arrivée des premières pluies. Je reste assis, je n'écoute que les bruits des gouttes qui tombent et de la nature qui semble dans cet endroit "surnaturelle". Je reste une bonne demi heure, en silence. La pluie s'est arrêtée, elle n'a jamais été très forte, on dirait qu'elle est tombée pour moi, pour rendre le site plus "mythique" encore. Je repars vers la maison "des enfants du Mékong", voir la tête de Nico qui avait l'air mal en point. Je reviendrai avant de partir, c'est incontournable. D'ailleurs je reviendrai même après être parti, j'adore cet endroit.

"Journée moto" dans la campagne cambodgienne - Dimanche 6 Octobre - Cyril


Ce matin je me lève tôt, une belle journée comme je les adore se profile avec le lever du soleil.

Autour de moi, j'admire un beau ciel bleu qui perd son tein blanchâtre matinal, je ressens une tranquillité spéciale dans l'air et note l'existence du silence reposant parfois troublé par quelques bruits de mobylette au loin, j'observe les maisons avoisinantes qui se réveillent les unes après les autres, je croise le regard d'un chien hésitant qui va on ne sait où, mon regard se pert dans la belle campagne verte poivrée d'arbres et quadrillée de manière illogique par les hasards des propriétés.

Et moi : la tête parfaitement claire et réveillée malgré l'heure matinale, la joie au coeur, l'envie de découvrir plus, de partir à l'inconnu... tous les signes sont là, ce sera une belle journée de moto.
Nico est un peu mal en point, il s'est fait mal aux genoux et au pied en chutant bêtement alors que nous visitions le temple en ruine et abandonné de "Banteay Chhmar" hier après midi. Ils se reposera aujourd'hui, sage décision, dure à prendre car l'envie ne lui manque pas de m'accompagner.
Grégoire ira jusqu'à Sisophon, une petite ville à deux heures de moto, petite mais néanmoins plus grande que Banteay Chhmar (c'est pas dur... prenez deux routes et croisez les, mettez y quelques maisons de chaque côté, installez ça au milieu de la cambrousse, vous avez Banteay Chhmar). Il va envoyer ses emails hebdomadaires, suivre la messe, rencontrer un collègue de "Enfants du Mékong" puis il rentrera, essayant de battre la nuit qui tombera vers 18h00.

Je loue un scooter à un des hommes du village. Aucun loueur de moto officiel n'existe, on s'arrange à l'amiable. En 2 minutes c'est négocié. Je ne compte pas aller vite, le scooter est suffisamment rapide pour la route en piteux état, et il est plus facilement manoeuvrable pour éviter les trous.

Il y a un peu de boue due à la pluie des jours derniers sur la route, mais ça devrait passer. Greg me prévient que je pourrais cependant tomber sur des routes inondées, je gérerai en temps voulu, inutile de s'alarmer avant l'heure.
Me voilà parti depuis deux heures, je regrette d'avoir oublié un chapeau, cependant ça me donne une excuse pour m'arrêter plus souvent me mouiller les cheveux dans les cours d'eau sur les bords de route.

Dès que je m'arrête, j'attire immédiatement tous le monde qui se trouve dans des alentours. Ils sont tous accompagnés de leurs sourire, qu'ils ont toujours sur eux dans ce "pays du sourire". Qu'est ce que c'est agréable et touchant, pour nous "gens civilisés" qui ne sommes plus habitués à recevoir (et à donner) des sourires de la part d'inconnus. Bonne leçon apprise au passage, je m'en souviendrai.

Ce sont les enfants les plus curieux, ils m'entourent tous ensemble en essayant de ne jamais être le plus proche de moi, ils restent timides. Un adulte s'approche, enseignant aux plus jeunes comment faire: "seuk seubaï", dit-il en joignant d'une manière superbe les deux mains près de son visage. Il parle un peu français, je le félicite et échangeons quelques mots.
Tel cet homme perdu dans son paradis, nous rencontrons depuis notre arrivée au Cambodge d'inombrables signe du passage français. 90 ans de présence française laissent des traces. Je repars pour m'arrêter de plus belle dès que l'envie s'en fait sentir, en général amorcée par un joli sourire ou un salut spontané.

Aujourd'hui Dimanche c'est la fête des morts, les gens du village que je traverse se sont regroupés pour supporter leur équipe de foot qui joue contre le village voisin. Il fait très chaud, tout le monde s'abrite sous les ombres des quelques palmiers qui bordent le terrain.
Un jeune crie devant moi, il prend sa claquette et frappe le sol plusieurs fois. D'autres gamins l'imitent, 2 minutes après le petit serpent est tué, la fête peut continuer pour eux, elle était introublée pour les autres habitués à de telles scènes. Je reprends le chemin, cette fois-ci je m'arrête pour saluer des "chasseurs de criquets": les enfants, regroupés à 8 ou 9, sont armés d'un petit filet type "filet-à-papillon". J'ai mis 5 minutes à comprendre qu'ils chassaient des criquets, en tatant après avoir réussi à les apprivoiser (les approcher en les rassurant sur mes intentions) leur sac de tissus qu'ils portaient autour du cou. Je reprends le voyage, c'est génial.

Je me souviens de mon voyage en moto au Vietnam et en Indonésie, comparables par la joie reçue des habitants. Quand je serai rentré de voyage et que ces sourires me manqueront, j'aurais ce qu'on appelle le "mal jaune". Je le ressens déjà un peu rien que d'y penser. Ils sont géniaux sans le savoir, c'est ça le plus beau, ils sont juste naturels.

Vers 14h00, je décide de faire demi-tour, je veux rentrer pour être près de la maison au cas où les nuages noirs accumulés au dessus de ma tête décideraient de craquer. Je passe prendre Nico à 16h00, pour une demi heure avec lui. Il ne descendra pas de moto mais pourra un peu partager ces moments inoubliables. A 17h00, je rends la moto, il fera noir dans une demi heure de toute façon. Sur le chemin du retour à pied, les sourires continuent, je m'arrête encore pour regarder des enfants qui jouent je ne sais quel jeu. Ils sont mignons.

Je rentre, on va attendre Greg en discutant tranquillement dans le hamac, repenser aux émotions de cette fabuleuse journée tant qu'elles sont encore fortes.

Les soieries de Grégoire - Lundi 7 Octobre - Nico

Toujours dans le cadre d'"Enfants du Mékong", la mission principale de Grégoire ici a été de monter un centre de formation au tissage de la soie. En formant ainsi des filles au métier de tissage, celles-ci pourront poursuivre dans cette voie qui leur rapportera bien plus que le travail en rizière. Le centre a maintenant deux promotions d'une dizaine d'étudiantes chacune, des professeurs et des métiers à tisser.

Ce sont les vacances en ce moment, nous ne les verrons pas travailler aujourd'hui, mais Grégoire nous explique toutes les étapes de la préparation du fil, du métier à tisser et du tissage en lui même. Les étudiantes apprennent toutes ces étapes pour être totalement autonomes à l'avenir. Les étoles de soie finies que Grégoire nous montre sont magnifiques. certaines se vendraient en France à plus de 150 Euros pièce !
Le commerce local, par contre, n'est pas encore très rentable car l'objectif étant la formation, le centre ne produit que des petites séries. Comme tous les autres programmes, celui ci est financé par les dons à l'association. Grégoire travaille dur pour équilibrer les budgets, même si parfois il est obligé de payer aux familles des étudiantes ce qu'elles ne peuvent plus ramener des rizières. Sa priorité est de donner une chance aux filles les plus motivées aussi pauvres soient-elles.



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