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La veille du départ: "on change de programme, on va à Panamà" - Dimanche 19 mai 2002 – Cyril


Demain nous avons prévu de partir vers le Nord-Ouest du Costa Rica, dans la région du volcan Arenal. Nous avons ça dans la tête depuis 4 jours maintenant, nous nous sommes basés sur les conseils de nos hôtes principalement: les gens habitant le pays sont les meilleurs guides. Nous sommes au dernier repas du soir, la veille du départ.

La discussion se fixe sur le bateau, étant donné que Gilberto y Bea sont de vrais marins et que Nic' adore la voile. Ils nous parlent alors de leur expérience du canal du Panamà. Ce canal qui traverse l'état du même nom, reliant l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, est mythique pour les marins. Gilberto y Bea nous en racontent le fonctionnement, nous disant que les voiliers qui passent le canal cherchent toujours des gens pour les aider à passer : il y a 6 écluses et il faut un nombre suffisant de personnes sur le bateau pour tenir les cordes (les aussières) qui maintiennent le voilier au centre de l'écluse.

De plus, c'est obligatoire d'être 6 à bord sinon le bateau ne passe pas pour des raisons légales. Etant donné que la plupart des bateaux de plaisance n'ont que deux personnes à bord et que payer un professionnel dans le port coûte 55 dollars, nous trouverons facilement un bateau pour vivre l'expérience.
C'est à faire : nous changeons les plans, demain nous partons vers le sud pour quelques jours. C'est ça le vrai voyage : il faut garder une grande flexibilité, et prendre les opportunités quand elles se présentent... un peu comme dans la vie, en fait!

On n'en trouvera pas 1... mais 2!! - Mardi 21 mai 2002 – Nico

Après un long voyage en bus, nous arrivons ce matin au Yatch Club de Colón, le coté atlantique du canal. C'est la fin de la saison, bientôt les cyclones séviront dans les caraïbes et il n'y aura plus de chance de trouver des voiliers arrivant de l'Atlantique. Nous sommes fin mai et nous espérons encore trouver un bateau prêt à traverser le canal. Pour les marins, ce fameux canal est une grande étape du voyage. Ils vont passer d'un océan à l'autre. Les magazines de voile le présentent comme une étape périlleuse et coûteuse. En fait la principale difficulté consiste à réunir avant le passage toutes les autorisations, et à faire toutes les démarches administratives nécessaires.

Nous passons donc devant chaque bateau du port, à la recherche d'un voilier en manque d'équipage. Nous proposons d'embarquer avec eux gratuitement leur économisant ainsi deux équipiers professionnels. Notre initiative bien qu'intéressante ne trouve pas beaucoup d'amateurs car les gens sont encore en attente d'autorisation, de paiement ou autre.
Au bout d'une heure d'enquête, nous trouvons un tout petit voilier de 27 pieds skippé par deux allemands qui acceptent notre aide avec grand plaisir. Après deux semaines et demi d'attente ici ils sont contents de pouvoir passer demain. Ils nous offriront les repas du soir et du lendemain. Entre temps nous rencontrons aussi Yannick et François, de La Rochelle, qui se rendent à Tahiti en voilier de 33 pieds. Ils attendent encore une confirmation bancaire et comptent passer vendredi. C'est parfait, cela nous laisse le temps de passer avec les allemands, de revenir et de repasser le canal une deuxième fois avec les français. Nous ferons donc deux traversées du canal de Panama !!!

De l'Atlantique au Pacifique ! - Mercredi 22 mai 2002 – Nico

Il est trois heures du matin quand nous nous levons sur "Carpe Diem", le voilier de nos deux amis allemands. Un cinquième équipier professionnel monte à bord, ainsi qu'un pilote qui guidera la manoeuvre tout au long de la traversée. Moteur en marche nous nous engageons dans le chenal suivis de deux autres voiliers. Au bout d'une heure, nous arrivons déjà aux premières écluses. Le canal a été construit sur un lac à 26 mètres au-dessus du niveau des océans. Il faut donc monter ces 26 mètres à l'aide de trois écluses successives qui se rempliront chacune d'un peu plus de huit mètres d'eau.

La manoeuvre consiste donc à se mettre à couple des deux autres voiliers et à tendre quatre aussières (amarres) à bâbord et à tribord des trois bateaux sur les deux cotés de l'écluse. Devant nous s'engage alors un cargo énorme guidé par des locomotives sur rails. On a l'impression qu'il va presque toucher les parois de l'écluse de chaque coté.
Tout le monde est bien amarré, la porte se ferme l'eau monte en huit minutes nous soulevant en même temps que le cargo. La porte avant s'ouvre, le cargo s'avance pour entrer dans la deuxième écluse et nous le suivons toujours solidement amarrés sur les deux autres voiliers. Une deuxième et une troisième fois les écluses se remplissent avant de nous laisser avancer dans le lac.

Cette fois le paysage est différent, chacun avance à son rythme en suivant un chenal balisé entre les îles de forêts sauvages. Nous voyons passer parfois d'autres cargos gigantesques à quelques mètres de notre coque de noix, c'est assez impressionnant. L'eau douce du lac est à plus de trente degrés, et parait-il, abrite un grand nombre de crocodiles.
Huit heures plus tard, nous arrivons seuls devant les écluses pour redescendre au niveau de l'océan pacifique. Nous tendons nos quatre aussières et nous nous engageons juste devant un paquebot immense, l'écluse se vide rapidement pour nous laisser nous engager dans la deuxième huit mètres plus bas. Ainsi de suite nous répétons la manoeuvre jusqu'à nous retrouver à l'entrée de l'océan Pacifique. Nous passons sous le pont des Amériques, l'unique route qui relie l'Amérique du nord à l'Amérique du sud. Nos amis allemands nous déposent au Yatch club de Panama city où nous reprendrons un bus pour Colon.

Parés pour une deuxième traversée - jeudi 23 et vendredi 24 mai 2002 – Nico

Après une soirée très sympathique au Yatch Club en compagnie de Yannick et François avec qui nous repasserons le canal, et de Pierre qui vit avec ses deux enfants sur son bateau depuis huit ans, nous décidons de nous retrouver le lendemain pour visiter la zone libre de Colon. C'est la deuxième plus grande zone détaxée du monde (après celle de Hong Kong). Alors que Colon est une ville sale, où il est déconseillé de s'y promener seul y compris la journée, il suffit de montrer son passeport à l'entrée de la zone libre pour se retrouver dans une ambiance d'affaire.
Les grosses voitures semblent sorties de nulle part, les rues sont propres, les boutiques climatisées et les gens se promènent en cravate ! Le soir nous allons tous manger sur le bateau de Pierre, c'est son anniversaire ! Un dernier repas vraiment sympa avant une courte nuit et une longue traversée du canal.

Cette fois nous maîtrisons parfaitement les manoeuvres dans les écluses, pourtant nous rigolons car le pilote semble ultra stressé. Il hurle les ordres à chaque équipier et au skipper pour nous mettre à couple des autres voiliers, comme s'il avait affaire à un débutant. Il a dû oublier que pour arriver à Panama il faut tout de même traverser l'Atlantique et savoir naviguer... Aujourd'hui, il fait une chaleur épuisante, et sur le bateau, nous sommes obligés de nous verser des seaux d'eau à plus de trente degrés pour nous rafraîchir. Comme deux jours avant avec les Allemands, nous croisons des cargos énormes qui nous secouent par les vagues de leur sillon. Cette fois, nous croisons un crocodile, juste avant de redescendre dans les écluses ! Nous arrivons dans le Pacifique vers 15 heures. Nous laisserons Yannick et François poursuivre leur route jusqu'à Tahiti alors que nous reprendrons un bus de Panama City vers la frontière Costa ricaine.

On est décalé
- Lundi 27 mai – Cyril


Depuis que nous sommes au Costa Rica, nous nous rendons compte que nous sommes un "peu" décalé au niveau des horaires. Nous nous couchons à 20h30 épuisés et nous nous réveillons à 6h30 du matin en pleine forme, parfois même 5h30. Nous jetons la culpabilité sur les coqs et les décalages horaires entre les pays, mais la raison est certainement autre. Depuis 6 jours, nous voyageons "à la dure". Voici le programme que nous avons eu ces derniers jours... pour que vous voyiez un peu le marathon que c'est parfois de voyager avec un sac à dos et un budget limité.
- Première nuit dans le bus: Nous sommes partis de San Jose au Costa Rica à 13h00, pour 16 heures de bus en direction du Panama. Assez fatigant, à faire pour le comprendre. Nous sommes arrivés à Panamà City à 4h00 du matin, puis nous avons pris un autre bus en correspondance vers Colon à 4h20, arrivés sur place à 6h. Là nous nous sommes mis à chercher un bateau pour nous emmener vers le Pacifique.

- Deuxième nuit dans le bateau : nous avons dormi dans le bateau des allemands. Couché à minuit avec un "verre de bière dans le nez" (ils sont tous pareils les allemands...), levé à 3h30 du mat'. Nous avons passé toute la journée sur le bateau, arrivés à 15h30 à Panama City. Retour en bus 1h30 jusque Colon.

- Troisième nuit dans le "Yatch Club": enfin ce soir on va dormir, nous avons repéré un bon endroit dans le "Yatch Club" (prononcer "yat' cloub"). Malheureusement, on se fera bouffer par les moustiques et réveillé à 6h30 par un garde qui nous a fait lever pour se prouver qu'il avait un peu d'autorité.

- Quatrième nuit dans le bateau: nous dormons avec les Français, dans leur bateau. Ahhh, pour une fois on est bien. Pas de bol, il faut se lever à 3h30 pour la traversée... toute la journée dans le bateau, jusqu'à 15h00.

- Cinquième nuit dans le bus et à la frontière: Nous rentrons à San Jose, remontant vers le nord. Notre bus direct est déjà parti, nous ferons donc la route en deux fois, allant jusqu'à la frontière et prenant ensuite une correspondance pour la capitale du Costa Rica. Notre bus par à 19h45, nous dormons dans le bus jusqu'à 4h00 du mat'. Puis nous dormons jusqu'à 7h00 dans la douane, sur une table que nous a prêté le douanier (il n'en a que le titre). Nous repartons vers 8h00 du matin (Nico en Stop) pour 8h00 de bus jusqu'à San Jose. Là bas, nous prendrons deux bus consécutifs de 45 minutes chacun jusqu'à la maison de nos amis "franco-ticos" Gilberto y Bea.
- Sixième et septième nuit: nous sommes trop bien installés chez Gilberto y Bea: le lit est grand et confortable, il ne fait pas trop chaud, nous pouvons dormir jusqu'à 10h00 et faire la grass' mat'... pas de chance, on est déréglé, on se lèvera les deux matins à 7h00...

C'EST PAS GRAVE: à partir du 31 la coupe du monde de foot commence: en tant que fan, je vais me réveiller de toute façon à 5h30 de nombreuses fois... (tous les matchs seront entre 23h30 et 5h30 du matin)... en fait c'est parfait ce décalage, je vais l'entretenir!!



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