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Crémations sur les rives du Gange - Mardi 3 Décembre - Nico

Nous avons trouvé en arrivant une guesthouse très sympathique tenue par Ashish et sa famille. Nous mangeons sur la terrasse qui domine les ghats du Gange et sitôt le repas terminé, nous partons nous promener le long du fleuve sacré. Sur toute la rive se succèdent sans interruption les ghats sur lesquels les pèlerins viennent se baigner pour se purifier de leurs péchés.

Pourtant, nous arrivons vite sur un ghat un peu particulier : deux bûchers sont en train de brûler, au milieu desquels des corps humains se consument. Je m'approche intrigué et remarque que les jambes et les bras dépassent du brasier. Le spectacle est, je dois dire, assez repoussant, surtout quand on n'est pas habitué. Par respect, nous ne prendrons pas de photo.
Autour de ces trois bûchers, des hommes au crâne rasé en signe de deuil attendent imperturbables. Il s'agit de la famille proche, les femmes, quant à elles, ne pouvant assister à la crémation. On dit que pleurer devant le corps empêche l'âme d'atteindre le Nirvana.

Un peu plus loin dans notre promenade, nous arrivons au ghat de crémation principal. Il y a là presque une dizaine de bûchers qui brûlent en même temps. Un indien nous aborde. Il tient absolument à nous expliquer le sens de ce rite. Pour cela, il nous emmène au deuxième étage du bâtiment faisant face au ghat.

Deux vieilles dames assises par terre nous regardent. Elles attendent de mourir nous explique notre ami. Varanasi est la ville où il est de bon augure de mourir. Ce que peut espérer de mieux un hindou, c'est d'être brûlé ainsi auprès du fleuve sacré et de savoir que ses cendres seront jetées dans le Gange. Ainsi, si sa caste et son karma le permettent, il aura la possibilité d'atteindre le Nirvana, brisant le cycle des renaissances, ou de renaître dans une caste supérieure.

De là haut, nous pouvons suivre facilement les différentes étapes de la crémation. Les corps, couverts d'un drap blanc, sont apportés sur des branquards de bambous puis sont plongés dans l'eau du Gange. Ils sont ensuite déposés directement sur le bûcher allumé, puis recouverts de bûches supplémentaires. Chacune étant pesée minutieusement auparavant et payée au kilo. Ainsi seuls les riches peuvent s'offrir des grands bûchers.

Les parties non brûlées seront lestées puis jetées directement au fleuve. Nous sommes poussière et nous devons retourner poussière par cette purification ultime du corps, nous explique notre guide. Seuls les enfants, les femmes enceintes, les lépreux, les sadhus et ceux qui ont succombé d'une morsure de serpent sont déjà purifiés et n'ont pas besoin d'être brûlés. Ils sont donc directement jetés dans le Gange attachés à une pierre.

Le Gange, ce sacré fleuve sacré - Mercredi 4 Décembre - Cyril

D'abord on voit les corps passer dans la vieille ville, portés sur des bâtons de bambous. Arrivés près des Gaths crématoires ("Burning Gaths") ils sont trempés dans le Gange pour être purifiés. Le drap qui recouvre le mort est blanc pour les hommes, rouge pour les femmes. Le bois de "senteur" est mis en bûcher après avoir été pesé.
Un des membre de la famille a le crâne rasé, c'est le mari si sa femme est morte ou le fils ainé si c'est le père qui est décédé. Le feu qui allumera le bûcher est un feu sacré qui provient du temple voisin, il ne s'est pas éteint depuis 3.000 ans. Les corps sont brûlés le jour même de leur mort, ils viennent souvent directement de l'hôpital.

Pas de femmes sur le lieu, elles pleureraient. La tristesse est interne. Le corps se consume presque entièrement en 3 heures, même les plus pauvres ont suffisamment de bois pour leur mort, les plus riches en utilisent trop mais c'est une sorte d'hommage. 250 corps brûlent sur le Gath crématoire principal, qui fonctionne jour et nuit.
Une fois que le feu n'est plus que cendre, le membre rasé de la famille en prend une poignée, la jette au dessus de son épaule puis ne se retourne plus : l'esprit a définitivement quitté le corps de l'être aimé. Il rentre chez lui, heureux.

A Varanasi, la mort n'est pas tabou. Cela ne gène pas les gens que vous alliez voir le membre de leur famille en train de brûler sur le bucher. Cela ne gêne personne que l'on jette un corps d'une femme enceinte décédée au milieu du fleuve au bout d'une pierre (elle est déjà "pure"), que l'on jette aussi les restes non brûlés des humains (les hanches pour les femmes, le buste pour les hommes) dans l'eau juste sur les bords du Gange, que tout le monde se baigne au milieu de tout ça et même boive de l'eau, que les lessives soient faites là aussi quelques mètres plus loin...

C'est naturel puisque c'est "Saint". Le fleuve est sacré, l'eau est sacrée, tout ce qui en provient l'est et tout ce qui y est destiné le sera !
A Varanasi, on approche la mort comme une étape de la vie. Pour eux Hindous ou comme pour les Bouddhistes, l'esprit se libère de l'enveloppe charnelle pour se réincarner dans une autre vie (meilleure ou pire selon les cas), pour les catholiques après la mort l'esprit va au paradis ou en enfer, pour d'autres la mort est juste la fin de la vie. Pourquoi avoir peur de la mort dans ces conditions ? Pourquoi être choqué par un corps qui brûle puisque l'âme est déjà sauvée ?

Je pensais être choqué par ces actes si "crus" (notre société nous en protège), en fait je ne l'ai pas été du tout. C'est vrai que c'est un être humain, qu'on en voit le visage parfois, c'est vrai qu'on voit jusqu'à des pieds sortir du feu, c'est vrai tout ce qu'on vous a dit et ce que vous en avez lu... mais je pense que l'ambiance générale autours de ces actes me permet de l'accepter comme les indiens eux même l'acceptent.

La ville de Varanasi est si particulière à cause de ce Gange qui est le centre d'attention de tout le monde, qu'on est prêt à tout y voir. Rien ne paraît impossible puisque ce Gange est sacré! Des gens attendent de mourir sur ses rives pour y être brûlés, des gens parcourent l'Inde entière une fois dans leur vie pour pouvoir s'y baigner...

On dit que personne ne revient d'un voyage en Inde le même qu'avant. Varanasi doit en avoir une grande responsabilité, je vous l'assure.



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