Semaine précédente
Semaine suivante
  Sommaire

Trois jours en dromadaire dans le désert - Mercredi 20 Novembre - Nico

Jaisalmer, pour sa situation à l'entrée du désert du Tahr, est la ville où il est conseillé de partir en "Camel Safari". Partout dans la ville, des chameliers et des agences nous proposent leurs services.
De la promenade de quelques heures jusqu'au circuit de plusieurs jours à dos de chameaux, tout est possible.

Nous avons finalement choisi un tour de trois jours en plein désert assuré sans rencontre de touristes. Nous partons donc ce matin très tôt pour une heure en jeep, après quoi nous allumons un feu pour le petit déjeuner. Nous admirons le lever du soleil en buvant le tchaï (thé indien) avant de commencer à charger les chameaux.
Celui de Cyril est petit et nerveux, il hurle à chaque fois qu'on lui demande de s'asseoir. Son nom est Bob Marley. Le mien s'appelle Quasimodo, il est grand et passe son temps à ruminer d'un air stupide.

Notre guide, Jamal et son neveu montent le même chameau. Après avoir réparti l'intendance de trois jours, les couvertures pour les nuits et surtout les sacs énormes d'herbe pour nourrir nos montures, nous montons à notre tour sur l'unique bosse de notre dromadaire.
Nous voilà partis tous les quatre, seuls dans ce paysage rocailleux et désertique. Le mouvement de balancier "avant-arrière" commence, il ne s'arrêtera que dans trois jours.

Régulièrement pourtant, nous avons besoin de nous descendre pour dégourdir nos jambes endolories par la position inhabituelle. Quand nous arrivons dans un village, nous descendons et entrons à pied. Les gens curieux, nous approchent timidement ; les femmes musulmanes nous observent de loin, le visage voilé. Elles portent l'eau dans des cruches sur leur tête, parfois nous en voyons loin des villages ramenant du bois sur leur tête également.

Le soir, nous nous arrêtons dans une dune de sable. C'est là que nous nous installons pour la nuit. A notre demande, Jamal est parti négocier un chevreau au village le plus proche. Une heure plus tard, nous le tuons, le découpons et préparons nos broches pour le barbecue ! Il ne manque rien à notre bonheur.
Jamal a même pensé au Whisky ; bien sûr il n'en boira que la nuit pour ne pas qu'Allah le voit ! Nous nous couchons après le repas, sous les étoiles plus brillantes et nombreuses que jamais.

Deuxième jour - Jeudi 21 Novembre - Nico

Ce matin, les courbatures entre les cuisses sont là pour nous rappeler que nous attend une autre longue journée de chameau... ou de dromadaire devrais-je dire car ici, ils n'ont qu'une seule bosse.

Aujourd'hui il faut aller plus vite, nous crions des mots en Indi que nos montures comprennent comme un ordre d'accélérer le pas et se mettent à courir. Cette fois le mouvement de balancier "avant-arrière" est remplacé par des sursauts de haut en bas. Il faut s'accrocher et surtout bien s'asseoir pour tenir le coup plusieurs heures.
Nous traversons des paysages plats, puis plus vallonnés, mais toujours aussi désertiques. De maigres buissons secs et épineux poussent irrégulièrement jusqu'à l'horizon. Souvent l'un de nous pointe du doigt un troupeau de gazelles qui s'enfuit à notre vue. Dans le ciel, les rapaces volent en rond à l'affût de la moindre souris imprudente.

Ce midi, pendant que nos deux guides préparent le repas, Cyril et moi nous aventurons dans les ruines d'un village abandonné. Nous mangeons du dahl (plat de lentilles aux épices indiennes) accompagné des incontournables "chapatis" (galettes de farine au feu de bois). Décidément Jamal et son neveu sont d'excellents cuisiniers !

De nouveau sur nos chameaux, nous ne tardons pas à les faire trotter pour arriver avant la tombée de la nuit sur une autre dune de sable. Petit à petit nous trouvons des positions plus confortables en mettant par exemple une jambe repliée sur le cou de l'animal ou encore à l'envers, allongé à plat ventre.
Ce soir encore, nous profitons pleinement des couleurs magnifiques du soleil descendant. Nous nous disons que nous avons bien fait de choisir trois jours. Sans doute aurions nous été déçus de ne pas dormir une autre nuit dans le désert. Au repas, nous finissons le chevreau d'hier, puis nous allons nous coucher bien confortablement dans le sable. Je regarde quelques instants les étoiles puis m'endors profondément.

Troisième jour - Vendredi 22 Novembre - Nico

Le soleil n'est pas encore levé quand Jamal nous réveille. Nous avons une vingtaine de kilomètres à parcourir ce matin et il ne faut pas trainer. Après le petit déjeuner, nous enfourchons une fois de plus nos dromadaires. Nous avons maintenant l'habitude de grimper dessus lorsqu'ils sont assis et de nous élever ensuite d'un bon en avant lorsque l'animal se dresse sur les pattes arrières puis sur les pattes avant.

Le soleil emmerge enfin lorsque nous quittons la dune de sable et rejoignons le sol rocailleux. Ce matin les gazelles sont nombreuses, nous croisons également un renard qui lui aussi s'enfuit à notre passage. Soudain, au loin, nous entendons une lutte d'animaux. Il s'agit d'un combat entre une gazelle et un chien. Nous faisons un léger détour par curiosité et retrouvons la gazelle en question allongée sur le sol. Nous tachons de lui donner à boire, de la remettre sur ses pattes, mais il est déjà trop tard. Elle est mortellement blessée. Nous abrégeons donc ses souffrances et la chargeons sur mon chameau. Ce midi nous goutterons à cette viande délicieuse.

Il est quatre heures quand nous arrivons au village. La jeep ne tardera pas à nous rejoindre et une heure plus tard nous serons de retour à Jaisalmer. Une douche froide mais bien méritée nous attend. Ce soir nous prendrons le train de nuit pour Jodhpur, où nous changerons pour un bus demain matin, direct pour Udaipur. Seulement alors, nous pourrons nous reposer de ces trois jours que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Jamal et son neveu
- Vendredi 22 Novembre - Cyril

Jamal a tout à fait la tête d'un chamelier comme on se l'imagine.
Petit, il n'est cependant pas moins maître de ces grosses bêtes du désert qu'il connait mieux que sa propre femme. D'un cri gutural et limite agressif, il les fait trotter ou galoper à souhait. On essaie d'imiter ses commandement (en riant) : I-M-P-O-S-S-I-B-L-E !! On aurait du l'enregistrer, c'est trop génial ce cri !

Les cheveux ébouriffés, la peau sombre presque de cuir par les heures passées au dur soleil, son sourire en coin sous sa petite moustache aussi font de lui un personnage intéressant dès le premier abord, dont on voudrait savoir plus de la vie qui doit être certainement particulière. Quand on lui demande s'il a un jour étudié quoi que ce soit, il nous répond : "of course, I have a Camel degree from the Desert University".

Chamelier depuis l'âge de 15 ans, il connait parfaitement "son" désert pour l'avoir parcouru pendant plus de 10 ans. Le plus important presque à savoir dans un désert, c'est de pouvoir situer les points d'eau où nous nous arrêtons pour faire boire les bêtes et remplir un bidon ou deux pour la cuisine.

Jamal travaille 9 mois de l'année sans interruption, repartant à peine arrivé. C'est le flux des touristes qui veut ce rythme de vie : les mois d'arrêt sont pendant l'été ("indien"), il fait trop chaud et les touristes ne supportent pas la chaleur du désert. Il ne s'en plaint pas, c'est comme ça.

En ce moment c'est le "Ramadan" pour les musulmans. Jamal l'est, mais il s'abstient de le faire puisqu'il "voyage" : il lui suffit de se couvrir la tête en buvant le whisky "desert-made" pour que le Grand Allah ne le voit pas ; pareil d'ailleurs quand il faut tuer le chevreau... ah ah ah.

Quand on lui demande pourquoi il met un pantalon, il nous répond qu'il faut être respectable pour traverser les villages, "c'est le Ramadan, quand même!". Puis il ajoute :"... et les femmes préfèrent ça!".
Il fait toujours les safaris avec son neveu, un gars peu causant mais efficace, qui sait faire les chapatis comme personne. En deux secondes, il vous concocte aussi un incomparable "tchaï" au gingembre sur un petit feu entre trois pierres.

Jamal parle un bon anglais, il se plait à cotoyer les touristes et apprendre leur vie, si différente de la sienne. Il ne sait ni lire ni écrire, pas même sa propre langue, ce qui nous épate encore plus, vu son niveau d'anglais qu'il n'a appris que phonétiquement. Il me demande si je veux acheter un chameau dont il s'occuperait, et que je pourrais monter "autant que voulu" quand je reviendrai.
Je décline son invitation avec rire, qu'est ce que je ferais avec un chameau dans le désert du Rajasthan ?! C'est qu'il n'a pas de chameau à lui le pauv' Jamal, il ne fait que les escorter, ils sont trop chers pour lui !
Un chameau adulte coute environ 8 000 roupies (170 Euros), un peu moins cher cette année à la "foire aux chameaux" de Pushkar puisque cette année il n'a pas plu, et la paille coute très cher. Peut être un jour un riche touriste lui en achètera un, on ne sait jamais.

J'aime l'humour de Jamal, un peu à l'anglaise dans la manière qu'il a de sortir des blagues sans les annoncer et sans en rire lui même. Juste un pétillement d'oeil et un tout petit sourire en coin est perceptible : c'est tellement fin que parfois ils passent inaperçus. Quand nous nous arrêtons de chameler (nouveau verbe signifiant :"monter à chameau"), les discussions à l'ombre des arbres bas qui nous abritent vont bon train avec Jamal.

Il m'explique que dans 20 jours son neveu va se marier et qu'il n'a toujours pas vu sa femme sauf sur photo, comme lui l'a fait il y a quelques années. Nous demandons confirmation à son neveu, un peu sidérés il faut le dire : "yes, in 20 days" nous dit son neveu, avec sa voix étrangement aïgue tel un pré-adolescent non encore pubère. Pourtant il a 19 ans, on ne comprend pas...

Pauv' type quand même, se marier avec une inconnue. Chameler est un peu routinier, après deux heures on regrette un peu que cette bête si bien adaptée au désert ne soit pas un peu plus adaptée aux voyageurs qui le montent. Pourtant on doit pouvoir s'y habituer, Jamal semble aussi bien sur son chameau que nous Européens sur un "chiote" !!
Ah ah ah! Bref, trêve de plaisanteries (de bétises dirait ma chère mère), saluons encore une fois notre cher Jamal, car c'est bien lui, notre guide chamelier, qui a fait de ce safari un moment inoubliable !



Semaine précédente
Semaine suivante
  Sommaire