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Un
petit pincement au coeur
- Jeudi 29 Aout 2002 - Cyril

Ça
y est, je suis dans le terminal principal de bus à Bandarlampung,
prêt à partir pour 28 heures de bus en direction de Bukittingi,
dans le "West Sumatra". Nico est rentré une semaine précipitamment
en France pour des raisons familiales, je continue tout seul pendant ce
temps en montant vers le Nord. Il me rejoindra vers le 5 ou 6 Septembre
à Kuala Lumpur en Malaysie.
Vince m'a donc accompagné au terminal, nous nous disons au revoir.
Dolly aussi est là pour m'embrasser, ce qui est rare pour une indonésienne.
Je salue Vince avec un petit pincement au coeur. J'ai eu vraiment plaisir
à visiter l'île de Sulawesi (les Célèbes) avec
lui. Il est ici depuis deux ans, il nous a donc expliqué en 1 mois
tout ce qu'il avait appris par lui-même au long de son séjour
comme coopérant.
Ce
petit gringalet est vraiment attachant: toujours souriant, petit de taille
mais "grande gueule", chevauchant sa moto à toute allure
en bravant les chauffards indonésiens, toujours ayant aux pieds
ses sandales à 2 francs 6 sous, sa mèche trop longue soigneusement
décoiffée sur la tête. En deux ans, il est devenu
plus indonésien qu'un indonésien, à sa grande fierté
d'ailleurs.
Comme un vrai local, il rote à table, il gueule si on n'enlève
pas nos chaussures dans la maison, il ne répond pas quand on lui
pose une question, il est très (trop) calme et réagit 10
minutes en retard, il se lave dans le "mandi" (la baignoire
locale), il n'utilise plus de PQ depuis belle lurette (il s'accroupit
même sur un chiotte européen avec les pieds sur la planche,
pour pousser le vice à l'extrême), il aime les cafards, il
se touche le coeur du boût des doigt après nous avoir touché
la main (anciennement il serrait les mains comme tout le monde), il vous
dit "apa" (traduction: "quoi") quand il n'a pas entendu
ce que vous lui avez dit, il aime boire de l'eau chaude tout seul, il
nous demande si le plat qui nous ferait cracher du feu est épicé
(genre le mec il ne le sent même plus, on y croit, Vinc'), il a
besoin de riz à chaque repas, il discute de sa vie en long en large
et en travers avec chaque personne à qui il pose une question,
il fume trop ses cigarettes aux clous de girofles, il vous répond
d'un "Oooooh!" (imaginez le bruit d'une poule) pour montrer
son étonnement à ce que vous venez de dire...
Bravo de t'être si bien adapté au pays, mais courage pour
te ré-habituer à la France mon garçon!
Bref, merci Vince pour l'accueil et l'aide, tu as très bien supporté
le fait d'être entre deux feux (les indonésiens et nous).
Tu nous a fait vivre des trucs qu'on n'aurait jamais vécus ! C'est
trop fort, merci encore!
28 heures de bus, avec les pauses "arrêts-mosquées"
- Vendredi 30 Aout 2002 - Cyril

Me
voilà parti pour Bukittingi, départ de Bandarlampung. Pour
un trajet si long, environ 24-26 heures (si ne n'est plus...), je décide
de prendre un bon bus.
Je paye donc 140.000 Roupies (~ 17 Euros) pour le meilleur service: air
conditionné et sièges rabattables. Partant à 19 heures,
j'arrive finalement le jour suivant à 23h00, dur le bus. En fait
le problème est que nous avons crevé en pleine nuit, à
4 heures du matin, puis nous avons changé de bus pour un autre
sans air conditionné (bien sûr...), ce qui explique le retard.
Typique route Indonésienne: cratères dans la route, musique
à fond toute la nuit, mal aux fesses. Mais c'est sympa quand même!
Les "indos" du bus sont trop sympas, je suis seul, je souris
à tout le monde. Je suis toujours entouré de gens, ils sont
trop intrigué du fait que je voyage seul. Finalement, je dois me
mettre a l'indonésien, apprenant les bases. Jusqu'alors, Vincent
nous permettait d'être paresseux.
Pendant le voyage, il y a plusieurs sortes d'arrêts: les arrêts
"pipi", les arrêts "bouffe", les arrêts
"incidents techniques", les arrêts "chargement-déchargement"....
et les arrêts "mosquées". Le dernier m'a assez
stupéfait : tout le monde descend du bus, il est 5 heures du matin,
va se laver presque entièrement puis va prier, femmes et hommes
séparément. Et moi qui reste là à attendre,
je me prends un petit thé.
Ce matin, je ne peux vraiment pas manger de poulet-riz blanc, j'en ai
trop mangé. A la place j'achète des bananes frites, des
morceaux de canne-à-sucre à macher et des gâteaux
secs. Le temps passe, il faut supporter les virages consécutifs.
Pendant une pause, je fais la connaissance de "Rahim", qui parle
bien anglais. A 20 ans, c'est aussi un voyageur. Il retourne chez lui
dans un village à côté de Bukittingi après
deux mois de route sur Java. Nous parlons des religions, de la sienne
surtout, des 5 prières par jour... Nous avons le temps!
Il est 22h00 le deuxième jour, il me propose de dormir chez lui
le soir pour repartir le lendemain. Il me dit que ce serait un honneur
pour lui, j'accepte donc volontier son invitation.
L'accueil chez Rahim - Vendredi 30 Aout 2002 - Cyril

Nous
voilà arrivés dans le village de Rahim. Je ne me souviens
même plus du nom sur le moment, il me l'a répété
3 fois mais j'ai rien compris avec son accent. Nous sommes accueillis
par sa famille avec un petit thé.
Je trouve l'accueil assez froid pour quelqu'un qui revient de 2 mois de
voyage. C'est comme ça. Nous nous jetons sur la table car nous
sommes affamés. Le lit qu'ils me proposent me paraît superbe,
de toute façon je dormirais n'importe où tellement je suis
crevé. Enfin, du moment que je suis allongé, j'ai les fesses
en compote. Je me couche content.
Le
lendemain je retrouve les parents de Rahim. Son père est professeur
dans une école, il n'est pas vieux (environ 50 ans) mais n'a presque
plus de dents. Sa maman et sa soeur se ressemblent comme deux gouttes
d'eau, toutes les deux très serviables et souriantes. La maison
est belle, décorée avec des goûts différents
mais propre et conviviale pour le pays.
Dans le salon, les canapés achetés une fortune il y a peut-être
quelques années ont toujours les plastiques de protection pour
éviter de les abimer. En fin de matinée, après avoir
discuté (Rahim étant traducteur) avec son père pendant
deux heures, satisfaisant toutes ses questions sur l'Europe, nous partons
visiter le village.
J'en profite pour acheter une cassette des chanteurs Indonésiens
que nous avons entendus 100 fois pendant les trois semaines d'Indonésie,
les "Panbers", puis nous rentrons pour le déjeuner. Son
père ne boit pas mais il fume comme un pompier, comme beaucoup
de monde dans ce pays.
A table, j'essaie de me tenir comme je l'ai appris ces dernières
semaines: je mange avec la main droite en laissant la gauche sur les genoux.
Et arriva l'erreur à ne pas faire: la cuisse de poulet était
trop cuite, d'ailleurs cuite depuis au moins 3 jours, ainsi je n'arrive
pas à la découper avec les seuls doigts de la main droite.
J'y mets deux doigts de la main gauche pour séparer les os. 5 minutes
passent, sans m'en apercevoir, je lèche les deux doigts de la main
gauche à table! (bah oui, on a pas de serviette dans ce pays, juste
des petits bols d'eau) C'est alors que le père me prend le poignet
gauche et me le serre très fort! Aïe aïe aïe, j'ai
fait une bétise! Je fais comme si je ne le savais pas, je me confonds
en plates excuses... ça passe avec les rires. Je ferai attention
la prochaine fois!
Il est deux heures, je pars pour Bukittingi, je devrais y retrouver le
soir les deux français "Nico et Alex" qui font un voyage
de 4 mois: www.laplusbellehistoiredumonde.org.
Merci Rahim, j'essairai de revenir.

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