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Deuxième jour de moto - 20 Aout 2002 – Cyril


Ce matin nous nous levons encore une fois assez tôt car nous louons des motos pour une deuxième journée géniale sur les routes Indonésiennes. Le temps sera beau, il n'a pas plu depuis que j'ai atterri en Indonésie. C'est la période idéale pour venir.

Nous passons prendre les "bécanes" chez le loueur à 8h00, vérifions que le plein soit fait, puis... "let's hit the road"! Je suis trop content, je vais adorer cette journée, c'est sûr. Nous avons une carte très approximative, nous permettant de faire un itinéraire général: le sommet de Sasa, le village de Makale...
Sur le terrain, il n'y a aucun panneau nous indiquant les directions à prendre, c'est mieux comme ça, nous nous perdrons dans les campagnes. A chaque maison que nous voyons, nous saluons les gens qui sont dehors, ils sont si contents de nous dire bonjour, c'est génial! On se demande pourquoi ils sont si sympas avec nous!

Nous voilà au milieu des rizières. Chacune est unique, impossible de se lasser de voir ces plateaux, grands escaliers verts et jaunes sculptés sur la montagne. Parfois il y a une cabane au milieu, un travailleur est occupé non loin, les jambes dans la boue jusqu'aux genoux. Un buffle nous regarde passer, puis se remet à brouter. Les rizières sont de couleurs différentes suivant l'état de maturation du riz, passant d'un vert très clair à un jaune paille, un vert foncé ou même un marron clair. Nous sommes à deux motos, nous nous suivons et partageons nos émotions de vive voix.

A midi la faim se fait sentir, nous mangeons pour 2.500 Roupies, soit environ 2 francs par personne. Vers 15h00, Vincent crève, la poisse, nous avions encore beaucoup de route à faire avant 17h00, heure à laquelle nous devons rendre les bécanes.
Il nous faudra faire 5 ou 6 Kms à trois sur ma moto, Vincent sera seul sur la sienne. Il roule tout doucement pour ne pas esquinter la chambre à air, il s'asseoie sur le réservoir en conduisant, ce qui permet d'alléger l'arrière de la moto et donc le pneu arrière (déjà il est pas très lourd... 45 kilos, vous imaginez son physique de jockey!).

Le gars du garage nous répare cela en 15 minutes, tandis que nous sommes invités à l'intérieur pour prendre un petit café. Nous sommes sidérés par leur gentillesse, leur accueil et leur intérêt envers nous. Nous repartons sur la route, contents que la petite aventure imprévue se soit résolue aussi bien.

Nous repassons par une route que nous avions déjà empruntée afin de vérifier que la célébration qui nous intéresse pour le lendemain (à Balik) se déroulera bien comme prévu. (cf. Article sur les sacrifices de buffles).
Même si nous avons déjà vu la route, la lumière accompagnant l'heure tardive (17h00 environ) nous en donne une toute autre vision. C'est superbe, le ciel se rougit tout doucement (il fait noir à 18h00 en ce moment), les rizières sont superbes, les quelques nuages et les montagnes se reflètent dans l'eau. Que c'est beau. Plusieurs fois nous nous arrêtons quelques secondes pour admirer le superbe pays.

Le chef du village nous confirme la célébration funéraire de demain, nous le remercions puis nous partons à toute vitesse vers notre village. Nous sommes déjà en retard... tant pis, on négociera avec le loueur en lui disant que nous avons crevé...
Quelle journée superbe, extraordinaire. Nous sommes fatigués, mais j'ai encore de l'énergie pour partager une partie de foot avec des indonésiens à côté de l'hôtel. Le "Tuak" (boisson alcoolisée à base de palme, leur équivalent de notre bière) partagée juste après avec des amis rencontrés à l'instant, la douche (froide bien entendu) et le "Pa piong" (plat typique du pays Toraja: viande de buffle - ou de porc ou même poisson- cuite dans du bambou) nous retapent pour la soirée.

Nous devons nous coucher car demain de nouvelles aventures certainement aussi géniales nous attendent! Quelle journée!

Autre nuit dans une famille Toraja - 21 Aout 2002 – Nico


Nous partons ce matin pour assister à la cérémonie funéraire dans le petit village de Balik. Nous emmenons avec nous nos sacs à dos, car nous comptons faire l'honneur au chef de village de dormir chez lui. Nous sommes déjà venus prendre le thé hier et je pense que l'on vexerait sa famille de ne pas rester dormir ce soir. Nous sommes d'ailleurs accueillis comme des rois dans leur belle maison traditionnelle.
C'est encore l'occasion de boire le thé assis sur une natte dans la pièce principale, et de manger avec eux du riz et du porc de la fête. Le soir, nous regardons sur leur télévision le film de l'enterrement de la grand-mère. Pour elle on avait sacrifié une trentaine de buffles !

Sacrifices de Buffles chez les Torajas - 21 Aout 2002 – Cyril

Vous avez certainement vu des photos de ces buffles noirs d'Asie du Sud-Est, broutant nonchalamment dans les rizières ou travaillant avec leur propriétaire en tirant lentement une charrue. Ces buffles aux grandes cornes noires tournées vers l'arrière sont les tristes rois d'une bien impressionnante célébration:

Grâce aux deux jours de moto que nous avons faits les jours précédents, nous avons pu nous renseigner sur les évènements de Tana Toraja (la région dans laquelle nous sommes) qu'il ne faut pas manquer avant de repartir.
Chacun des gens que l'on rencontre est formel, il ne faut pas rater une "Cérémonie funéraire". Un enterrement est le théatre d'une fête particulière où sont conviés tout le village, toute la famille (même ceux habitant très loin), des représentants des villages de la région, et tout ceux qui voudraient s'y inviter.

Quand une personne finit sa vie sur terre, il "part" en voyage pour une autre vie. Les richesses qu'il laisse resteront pour sa famille mais il peut en emmener avec lui, par le biais des sacrifices. Plus une personne était riche, plus de porcs et de buffles seront sacrifiés. Chaque bête sacrifiée rejoint son propriétaire dans la vie suivante, lui permettant de commencer sa nouvelle vie avec un troupeau bien fourni.
La famille garde précieusement les cornes des buffles sacrifés et les attache fièrement devant leur maison-greniers à riz. Ainsi, on sacrifie parfois pour les plus riches et les plus influants jusqu'à 80 buffles !! En général cependant, les sacrifices se limitent à 8 ou 10 buffles. Plusieurs mois sont nécessaires pour que les villageois et la famille réunissent l'argent nécessaire à l'achat des buffles.

Un jour après sa mort, le décédé est mis dans un cercueil pendant une cérémonie, puis il attendra la fête de son enterrement qui peut se dérouler 6 ou 7 mois plus tard. Le cercueil est simplement posé dans la maison de la famille, au centre de la pièce principale. Autrefois, les sacrifices étaient si nombreux qu'ils décimaient toute la richesse du village, pour cela le gouvernement a mis en place une taxe pour chaque buffle sacrifié, permettant de limiter les carnages.

La cérémonie dont je parle dure 3 jours, les sacrifices de buffles se déroulent le 2ème jour. Nous avons participé à cette dernière journée, elle fut extrêmement impressionnante. Pour la grand-mère décédée, ils ont tué 7 buffles et une vingtaine de porcs. Nous sommes arrivés sur le lieu à 10h00, ratant les égorgements d'une heure environ.
Connaissant le "maire", nous avons été placés à la meilleure place: assis sur la plateforme d'un des "greniers à riz", juste derrière les vieux hommes du village. Nous sommes restés assis en tailleur toute l'après midi, mangeant du riz blanc et des "Pa-piong" (viande cuite avec du sang dans un bambou), buvant de la Tuak (alcool de palme), fumant des cigarettes aux clous de girofles, observant le dépecage des bêtes, nous étonnant devant le nombre de personnes défilant (et ne cessant jamais d'arriver).

Journée très spéciale, impressionnante, inoubliable.



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