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Marche
sac-à-dos dans les rizières - 19 Aout 2002 Cyril

Ayant
dormi à "Batutumonga" (sympa le nom, hein?) dans une
famille Toraja, nous avons prévu de rentrer tout tranquillement
à Rantepao en passant par les rizières.
Le trajet dure théoriquement 3 heures, sans compter les nombreux
arrêts qui nous permettront de profiter du paysage (et accessoirement
de nous reposer). Il faut descendre la montagne en zigzaguant, suivant
les contours irréguliers des rizières en terrasses. C'est
superbe.
A chaque maison, nous demandons notre chemin. Chaque arrêt dure
environ 5 minutes, car il faut à chaque fois discuter un peu, c'est
la coutume du pays et nous ne sommes pas pressés. Nos gros sac-à-dos
de plus de 15 kilos ne nous dérangent pas, ils font partie de nous
dorénavant.
Vers
11h30, nous passons devant la place d'un village sur laquelle nous observons
un rassemblement. Il y a environ 8 "greniers-à-riz" placés
en rectangle les uns à côté des autres, typiques de
la région Toraja. Apparemment ils sont en train de célébrer
quelque chose en mangeant tous ensemble. Nous faisons une courte halte
pour leur demander de l'eau, mais ceux-ci nous invitent à partager
leur riz blanc, leur porc (tué la veille), la "Tuak"
(leur alcool de Palme) et surtout leur compagnie.
Comme si on ne s'attendait pas à cette réaction de leur
part.... Nous enlevons donc nos chaussures et nous asseyons sur la plate
forme qui est en dessous de leur "greniers-à-riz", ces
maisons si particulières à forme de cornes de buffles. Nous
mangeons avec les doigts (de la main droite), nous avons compris la technique
depuis le temps qu'on la pratique.
Quelques fillettes dansent, les garçonnets jouent (ils posent un
bambou d'environ 1,5 m sur leur épaule et le font rouler sur de
petites roues faites en sandales taillées), les jeunes femmes et
leurs mères discutent, les jeunes garçons et les vieux hommes
boivent leur Tuak dans leur bambou, les vieilles chiquent leur tabac,
les chiens se chamaillent et essaient de chiper un boût de viande,
les poules se promènent en grattant le sol pour y trouver on ne
sait quoi.
Nous en profitons! Quel moment particulier! Avant de repartir, les vieux
du village nous font l'honneur de nous présenter leur cimetière.
C'est quelque chose de très rare, Vincent est épaté.
Ils nous mettent dans la confidence de l'emplacement de leur cimetière
en nous demandant d'en garder le secret. (cf l'article de Vincent ci dessous).
Après 5 minutes de marche, nous passons entre deux grandes roches
abruptes, nous voilà devant un cimetière très spécial.
15 minutes après, nous repartons pour 1h30 de marche sous le "cagnart",
mais si heureux !
La découverte d'un cimetière Toraja - 19 Aout 2002
- Vincent Joly

C'était
"nenek", l'ancien du village déjà arrière
grand-père aux 30 petits enfants qui avait connu la colonisation
hollandaise et l'occcupation japonaise. Naturellement et pour mon plus
grand plaisir, nous nous sommes mis à discuter de tout et de rien
avec cet art de la discussion si indonésen qui fait que l'on se
sent bien avec la personne et jamais en compétition ou en affrontement.
Ces vieux ne savent plus leur âge, ils sont nés on ne sait
plus quand et aiment raconter la gloire du temps de l'indépendance
dont on a fêté le 57ème anniversaire hier, nous chanter
une chanson de l'armée japonaise ou nous réciter leurs leçons
du temps des hollandais. Un attroupement de grands-mères s'était
créé autour de moi pour venir chercher les feuilles de betel
à chiquer qui rougissent leur salive et qu'elles recrachent en
donnant l'impression de recracher le peu de sang qui leur reste.
Nenek est donc venu nous trouver pour nous inviter à voir le cimetière
du village gardé secret et à l'abri des routes touristiques
pour en éviter le pillage. Une partie du village nous accompagne
et après avoir franchi les barrière de bambous, nous les
suivons au milieu des falaises dans les montagnes sculptées soit
par la nature soit par les Toraja eux-mêmes. Après un peu
d'escalade, un bambou rempli de "tuak" à la main, ils
nous montrent avec le plus grand naturel du monde des énormes caveaux
creusés par l'homme dans la falaise remplis de cerceuils en décomposition
depuis quelques siècles.
Sans
plus de façons, un autre écrase un cercueil sculpté
datant de plus de cent ans duquel débordent anarchiques, des côtes
et des tibias aux milieux de restes de vaisselle. Tout est entassé,
des restes de squelettes dont personne ne sait l'âge, des pots en
bois en décomposition, le corps de la grand-mère morte il
y a trois mois repose sur un tas de crânes. Dans un an peut-être,
on aura réuni l'argent pour lui offrir une cérémonie
funéraire digne d'elle...
Combien de buffles seront sacrifiés, combien de cochons ? Quelques-uns
si sa famille est pauvre, une centaine si elle est riche... En règle
générale, pour se donner une idée, l'équivalent
de deux-trois fois le prix de sa maison ! Pendant combien de jours on
fera la fête, trois, peut-être cinq? Combien de villages seront
représentés, qui aura l'honneur de présider ?
Et... combien de touristes y assisteront canardant de photos, combien
de cars entiers, la caméra au poing ?
Un plaisir simple - 19 Aout 2002 - Nico

Un
petit chemin de terre découpe le paysage entre les rizières.
Voilà plusieurs heures que nous larpentons sous le soleil.
En reste-t-il beaucoup à parcourir ? Je ne sais pas vraiment, j'oublie
un peu la notion de temps et savoure pleinement ce moment. Je regarde
le décor qui défile au rythme de mes jambes et je l'apprécie.
L'effort n'est pas trop difficile, juste suffisant pour mériter
cet instant de bonheur. Sur mon dos, je porte toutes mes affaires pour
un an de voyage. Je n'ai pas de maison. Je chante en murmurant "Je
suis parti un jour sur la route..." Je me dis alors que j'aime marcher,
j'aime avancer, découvrir ce que me réserve le chemin. C'est
juste un plaisir simple, un plaisir que je veux pouvoir revivre aussi
souvent que je le désire.

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