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Tu veux un rail de coke ? - Mercredi 26 juin - Cyril


Ce que l'on vient de vivre est incroyable, de la vraie folie. Lisez-moi ça !

Nous sommes dans un petit restau que nous connaissons bien, nous venons y manger au moins une fois par jour depuis le début du séjour. Nous sommes toujours dans le petit village de San Pedro La Laguna, sur le rivage du lac Atitlán au Guatemala. Le village est tout petit, tout le monde se connaît.
Dans le petit "boui-boui", trois tables avec des nappes à fleurs se battent en duel, la musique est toujours la même (merengue-technoifié), nous connaissons bien la fillette qui fait office de servante et le gosse de 5 ans qui se balade dans la pièce. Ici ils servent un petit déjeuner de frijoles-huevos revuelto-ensaladita-tortilla con chile (la sauce piquante) qui nous convient très bien, que ce soit le matin, le midi ou le soir. Nous passons souvent devant ce restau, juste en face une femme nous sert tous les matins notre grand verre de jus d'orange pressées ou notre "licuado de banana" (pour 3 quetzals! = 3 ex-FF). Nous saluons tout le monde en rentrant, comme d'hab.

Pendant le repas, les deux jeunes gars de la table d'à-côté me font un signe qui ne trompe pas : ils se bouchent une narine et reniflent. Ils me demandent alors si j'en veux. Clairement c'est de la drogue, je leur dis gentiment "non merci", en les remerciant de leur offre.

Au moins une fois par jour on nous propose de la drogue, en général c'est de la Marijuana: "you want weed? you want grass? Quieres Marijuana?", et ce quel que soit le pays traversé. Nous avons appris à dire non, poliment comme d'hab'. Le repas continue, nos jeunes voisins de table ne sont que deux mais les bouteilles vides de bière (d'un litre) sont déjà au nombre de 5, ils en commandent une 6ème.
Ils y vont fort les gars! En voilà encore qui vont se bourrer la gueule!

Le repas continue, on les oublie un peu. Alors que nous nous levons de table, ayant payé la faible addition, je les vois trafiquer quelque chose sur une boîte de CD. Ils ont à peine 20 ans. L'un d'eux a dans la main une carte de téléphone et donne des petits coups sur ce revers de boîte. Je vois tout de suite la poudre blanche qui est le centre de leur attention.
Elle est précieuse pour eux, pas un quart de gramme ne doit être perdu. Je fais l'innocent, je m'approche curieusement de leur table en leur demandant de m'expliquer ce qu'ils fabriquent.

Là, j'hallucine mais "grave de grave", sans commettre l'erreur le laisser paraître. Ah, ok, vous préparez votre "coke"! Mais bien sûr, pourquoi pas?! Je ne laisse pas sortir mes cris d'étonnement, j'agis comme si c'était tout à fait normal, comme si ils se roulaient un join... Eux aussi d'ailleurs! Je continue à jouer au candide, je leur demande de m'expliquer le procédé, je n'avais vu ça que dans les films... C'était un geste que je connaissais, comme vous d'ailleurs, mais j'ai tellement halluciné de le voir sous mes yeux.
Méticuleusement, il réduit en poudre très fine la cocaïne qui est formée de petite boulettes dures. Le gars nous explique qu'à l'achat il la paye 20 quetzals (~ 3 Euros) le gramme, car il connaît le dealer. Il me repropose de lui en acheter, à 6 Euros le gramme. Je refuse poliment en lui disant que je n'ai jamais touché à ce truc et que jamais je ne le ferai : j'ai d'autres moyens de m'amuser : je bois un peu trop de temps en temps avec des amis, mais jamais de drogue... Je me dis que le dealer qui se fait appeler son "pote" lui offre ce prix jusqu'à ce qu'il soit accroché...
aï aï aï, pauv' type. Il ne s'en rend pas compte, il en est heureux même!

Il prépare un demi gramme de coke depuis 5 minutes, elle est maintenant bien en poudre, ressemblant à du sucre glace. Agilement car il en a malheureusement l'habitude, il se prépare ses "rails". D'abord deux, puis qu'il divise chacun en deux : un pour lui, un pour son ami. Il me propose encore une fois de sniffer avec eux, je refuse poliment. Je lui passe sous sa demande un billet de 20 quetzals, il le roule le plus serré possible, puis le porte à son nez.
De la folie, je n'en crois pas mes yeux.

Il nous regarde, expire l'air qu'il a dans les poumons, baisse la tête, ajuste sa paille faite maison, aspire par le nez en suivant le rail. Comme dans les films, mais ça fait peur car c'est en vrai, c'est pas du ciné. Il continue à aspirer alors qu'il arrive au bout du rail, il continue encore alors qu'il bascule la tête en arrière, pour ne pas en perdre un quart de gramme. Il tapote le tube dans le creux de sa main, puis se lèche la paume. Il nous regarde en disant: "aaahhh, ahora sí estoy relajado!" (ahhh, maintenant qu'est ce que je suis relax!). Il passe son "aspire-la-mort" à son pote suite à mon nouveau refus, l'autre fait de même.

Ils m'expliquent que la coke les relaxe. Ils ne seront pas bourrés ("bollos"), la coke annule les effets de l'alcool. Dans une demi heure ils doivent aller bosser. Soudain, il se boit un verre de bière cul-sec. Cette merde là donne soif, terriblement soif. Je les remercie de leur temps, leur conseillant d'arrêter. Ils me disent : pourquoi? c'est pas cher et c'est "trop relax".

On y va. Pendant 100 mètres, Nico et moi ne nous disons rien. On n'a pas de mots pour cette folie devenue si banale. Les pauvres !



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